Théâtre

Die gelbe Tapete de Katie Mitchell explore le baby blues d’une femme hallucinée

Die gelbe Tapete de Katie Mitchell explore le baby blues d’une femme hallucinée

23 septembre 2013 | PAR Christophe Candoni

Découverte au Festival d’Avignon avec des productions montées à Berlin et Cologne, Katie Mitchell arrive enfin à Paris. Aux ateliers Berthier, elle présente Die Gelbe tapete, une pièce pour laquelle elle retrouvait en début d’année les acteurs de la Schaubühne où elle travaille régulièrement.

La forme de théâtre filmé qu’adopte Katie Mitchell en alliant singulièrement narration et technologie est désormais bien connue. Mais de créations en créations, son dispositif impeccablement maîtrisé qui convoque toujours savamment le théâtre et le cinéma et qui tient autant de la performance que de l’installation, ne perd rien de sa séduction et de son pouvoir de fascination.

Comme toujours, une superbe scénographie signée Giles Cadle aligne plusieurs boîtes dont certaines servent de décor à l’action (que partiellement ou pas du tout visible de la salle à l’exception de la chambre) et d’autres forment des cabines insonorisées façon  studio d’enregistrement vitré destiné à la réalisation des bruitages et des voix off en direct comme pour un doublage au cinéma. Le personnage principal dédoublé est incarné physiquement par l’excellente actrice Judith Engel tandis qu’Ursina Lardi incarne sa voix intérieure et ses pensées les plus indicibles. Les acteurs jouent filmés en direct par un formidable « ballet » à la fois complexe et fluide de cameramans. Tout s’articule dans une précise simultanéité et produit un film projeté en direct sur un écran qui surplombe la scène.

La sophistication technique extrême du spectacle n’empiète jamais sur l’émotion et c’est le tour de force du geste artistique de Katie Mitchell. Le choix du beau texte autobiographique de la sociologue américaine Charlotte Perkins Gilman publié en 1891 adapté et actualisé y est pour beaucoup et surtout la présence des acteurs, sobres et sensibles, particulièrement habités, d’une justesse admirable.

Contrairement aux spectacles antérieurs, on regrette qu’ils soient trop souvent amenés à jouer hors-scène (la salle de bain, lieu d’une importance capitale dans la pièce n’est visible qu’à l’écran) ou dans les boites closes par un quatrième mur durant des scènes entières. Sinon, tout bouleverse dans la façon dont l’histoire est racontée à commencer par ces films amateurs présentant le couple qui accueille chez eux leur nouveau-né ou le promène dans la rue. Cet apparent bonheur laisse place au désarroi et à la dépression post-natale de la mère qui sombre dans un état d’incertitude, d’isolement (quittée par son mari Christoph, touchant Tilman Strauss, qui emporte aussi l’enfant) menant à la folie et au suicide. Assignée dans une  vieille chambre mansardée, elle voit dans le laid motif du papier peint jaune l’apparition d’une femme captive derrière le mur (mystérieuse Luise Wolfram). Entre fantasme et horreur, paranoïa et enfermement, l’actrice Judith Engel s’abandonne de tout son corps frémissant dans une scène particulièrement réussie de crise obsessionnelle où elle arrache le papier peint et met à sac la chambre.

Une nouvelle fois, après Christine et Reise durch die nacht, Katie Mitchell dessine un portrait de femme troublant et émouvant. Elle nous plonge au cœur d’un thriller psychologique obsédant dont elle et les acteurs restituent le climat angoissant et douloureux avec fulgurance.

Photos: Stephen Cummiskey

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