Théâtre

De l’amour et Sous les arbres : les décevantes petites formes de Minyana

18 mars 2011 | PAR Christophe Candoni

Encore deux représentations des petites formes de Philippe Minyana qui termine ainsi son cycle des « Epopées de l’intime » au Théâtre des Abbesses avant de jouer les prolongations au Théâtre Ouvert jusqu’au début du mois d’avril. « De l’amour » et « Sous les arbres » sont des textes récents, inédits, à voir isolément ou à la suite. Pour la première pièce, l’auteur cosigne la mise en scène avec Marylin Alasset, pour la seconde, c’est Frédéric Maragnani qui s’y colle. De jeunes comédiens, talentueux, réalisent des compositions intéressantes et un peu barrées mais la représentation n’est vraiment pas convaincante.

Les textes proposés paraissent bien faibles même s’ils restent fidèles au principe du dramaturge qui fait basculer en permanence le dialogue avec le récit constitué largement de morceaux de situations inabouties et de bribes de répliques qui sont échangées sans y croire vraiment. C’est dit en plus avec un maniérisme absolument insupportable, le même reproche est à faire pour les mises en espace faussement conceptuelles. Les mises en scène renvoient à une imagerie classique et tendance du théâtre contemporain qui, à force, frôle la caricature.

Dans « De l’amour », il est question du couple et du temps qui passe. Mais plus exactement, ça ne raconte pas grand chose. En une heure, de très courts tableaux s’enchaînent pour donner l’impression d’un temps ultra condensé durant lequel on assiste à une vie entière et les personnages vieillissent à vue d’œil. Cela commence par une fête d’anniversaire chez Boby et Christina qui cherchent quelle tenue mettre pour l’évènement. Ils ne se supportent pas et s’insultent continuellement. Le couple passe pour ordinaire, c’est ce que semble dire le texte, le genre de Monsieur et Madame tout le monde, ce qu’il n’est pas du tout, ils sont beaucoup plus abjects, infréquentables que cela; cela pourrait être assez jubilatoire mais ne l’est pas. Un deuxième couple intervient, tantôt comme personnage, tantôt comme commentateur de ce qui se joue. Il ne se passe quasiment rien, quelque chose d’étrange, de loufoque, un téléphone portable n’arrête pas de sonner, une amie est morte mais elle était conne, ils parlent de fringues, de sexe et de bouton de fièvre… on n’y comprend rien, le sens échappe, y’en a t’il un?

« Sous les arbres » paraissait plus consistant. On y retrouve le goût de l’auteur qui mêle les univers opposés de l’enfance et du sordide (le crime et la pédophilie, rien que cela) en écrivant l’histoire de la rencontre amoureuse de deux adolescents, Tata et Fonfon, et leur parcours à travers une forêt glauque à la rencontre de gens bizarres. Mais la mise en scène se refuse de prendre au sérieux ce qui est dit, ne proposant qu’une mise à distance faite de gags, souvent potaches. La dérision était nécessaire mais pas autant appuyée. On est très loin du beau travail de Marcel di Fonzo Bo sur « La petite dans la forêt profonde », un autre petite forme de Minyana montée à Gennevilliers puis à la Comédie-Française. Les deux textes sont assez similaires. On devrait être dérangé par la monstruosité contenue dans les textes et encore plus d’en rire lorsque c’est le cas mais on n’y croit pas.

Reste l’impression d’assister non pas à un théâtre engagé, radical et interrogateur mais plutôt à deux spectacles pédants et falots, malheureusement vains.

Voir aussi la critique des « Rêves de Margaret » et l’interview de Nicolas Maury sur toutelaculture.com

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

One thought on “De l’amour et Sous les arbres : les décevantes petites formes de Minyana”

Commentaire(s)

  • Johnnyboy

    « Les mises en scène renvoient à une imagerie classique et tendance du théâtre contemporain qui, à force, frôle la caricature. »

    Et encore une caricature est parfois drôle, là c’est une mauvaise caricature, je peux dire sans craindre de me tromper que cette pièce fait parti des pires instants de ma vie.
    Dès les premières minutes je savais que mon esprit encore un peu sain se refuserait à adhérer à ce genre de délire monté à la va vite, sans travail, pathétique, pitoyable, c’est un échec « artistique » et humain.

    Je pensais que ça n’existait pas, je pensais que lorsque l’on me parlait d’un art conceptuel, abstrait etc.. on m’en parlait avec le ton de la caricature, mais non… Ce soir j’ai fait l’expérience de la médiocrité, de l’inintelligible poussé jusqu’à l’extrême, le symptôme d’une culture décadente qui oublie la simple communication en posant l’originalité comme valeur supérieure. Cette valeur ne doit pas être un prétexte mais la conséquence inconsciente d’un travail créatif abouti.

    mars 18, 2011 at 23 h 58 min

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