Théâtre

Danse et Dramaturgie : du sens dans le mouvement

04 février 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Si l’accompagnement dramaturgique, est selon des modalités différentes, inscrit dans l’élaboration de spectacles de chorégraphes belges ou allemands, on constate qu’il est presqu’inexistant en France au sein de la danse.

Les chorégraphes français contemporains s’attachent aujourd’hui à rendre les corps de leurs danseurs de plus en plus expressifs et à dire plus qu’une histoire préexistant à la chorégraphie : le corps devient langage à lui tout seul, il se suffit à lui-même dans la mesure où il se subManta, Héla Fattoumi, Eric Lamoureuxstitue à la parole du danseur où à un texte sous-jacent.

Or, l’utilisation de la dramaturgie sur scène ne résulte pas seulement de servir un texte, et donc de desservir une chorégraphie mais bien de nourrir le créateur en théorie par rapport au thème qu’il veut aborder et de faire la médiation entre l’œuvre et le public.
Le corps ne peut être réduit à sa seule matière, il englobe bien plus de matériaux, on envisage alors toutes les perceptions, les organes possibles et imaginables, la voix, l’espace, le temps ; et c’est à partir de tous ces éléments hétéroclites que s’organise la dramaturgie et que la danse peut prendre place.

Si l’on prend l’exemple de Pina Bausch et de sa longue collaboration avec le dramaturge Raimund Hogue, on note la précision et le travail méticuleux qu’ils effectuaient côte à côte : « Je n’étais pas un regard extérieur qui arrivait une fois la pièce avancée. J’étais présent dès le début des répétitions, nous écrivions tout ce qui se déroulait sur scène chacun de notre côté et après nous comparions, nous parlions de nos différentes idées pendant des heures. Il s’agissait dune véritable collaboration. » Selon Hogue, sans dramaturgie, la danse n’est rien : « Chaque mouvement doit être clair, avoir une raison d’exister. » On se demande alors pourquoi certains chorégraphes ne savent pas écrire une pièce qui fera travailler l’imaginaire du spectateur, dégagera des sensations fortes, donnera un sens au mouvement et fera naître des images. Si le mouvement n’a pas de sens, il devient un divertissement.

La dimension artistique d’une chorégraphie résulterait-elle donc dans le sens qu’elle transmet et l’émotion qu’elle fait naître chez le spectateur ? Si ce dernier ne voyage pas ni ne reçoit un tableau de corps en mouvements qui raconte bel et bien une histoire, alors le mouvement ne se fait plus artiste mais bien purement gestuel.
En reprenant l’expression des Goncourt qui qualifiait le style de Huysmans « écriture-artiste », on pourrait ici parler de mouvement-artiste lorsque celui-ci crée une image et transmet un sens par sa seule gestuelle.

Toute la danse expressionniste allemande prend ses racines dans cette invention de l’idée par le corps : Kurt Joss dès 1932, lors de sa présentation à Paris de La Table Verte mêle danse et théâtre et donne une impulsion nouvelle à la danse moderne.

Dramaturgie est aussi synonyme de narration : il y a bien deux sortes de ballets, celui où la danse prime, des ballets plutôt abstraits et les ballets narratifs. La dramaturgie est ce qui constitue l’ensemble des éléments dans lequel s’inscrivent la danse et le mouvement, mais c’est l’écriture de la danse qui en est la substance.

En utilisant le temps, l’espace, la lumière, la fragilité, l’extrême et la vélocité ; tout s’harmonise uniquement autour du mouvement du corps et seules la beauté et l’intériorité du geste font sens : ici, le corps s’exprime bien plus que la parole, mais il est au service d’une parole.

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Alienor de Foucaud

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