Théâtre

Dans Le Tigre bleu de l’Euphrate, Laurent Gaudé imagine la fin d’Alexandre le Grand

19 janvier 2011 | PAR Christophe Candoni

Le Théâtre Ouvert propose un « gros plan » sur Laurent Gaudé avec entre autres la présentation d’une pièce, Le Tigre bleu de l’Euphrate, en partenariat avec le Théâtre de la ville. Le romancier (Prix Goncourt avec Le soleil des Scorta) est un artiste familier de la maison qui lui ouvrait ses portes pour la première fois en 1997. Depuis, un compagnonnage se poursuit à l’occasion de lectures, de résidences ou de carte blanche. Michel Didym a dirigé en juin dernier Tchéky Karyo dans le rôle d’Alexandre le Grand au Festival de Naples. Sa mise en scène de la pièce est reprise jusqu’au 12 février à Paris.

Dans Le Tigre bleu de l’Euphrate, Laurent Gaudé présente Alexandre le Grand au moment de quitter le monde qu’il a tant parcouru. Conquérant à l’appétit insatiable, chef de guerre assoiffé de connaissance et d’infini, il a abattu son ennemi Darius, a conquis Babylone, a fondé la ville d’Alexandrie… Héros au destin unique mais aussi être humain vulnérable, seul face à la mort, il se retourne sur sa vie, glorieuse et misérable, pour en faire le bilan avant l’ultime voyage.  Tchéky Karyo, profondément habité, dans ce qu’on pourrait appeler une transe verbale, un texte finement écrit au lyrisme qui nous perd parfois. Des signes cabalistiques sont projetés en fond de scène pour sans doute décrire le désordre psychique et les effets des herbes médicinales sur le héros. Pourtant, il paraît calme, paisible. Sa voix est délicieusement suave, sa présence lumineuse. Malgré l’engagement et la diction parfaite de l’acteur, la parole parvient mal car elle est continuellement accompagnée de musique, jouée en direct par Charlotte Castellat et Steve Shehan qui a également composé la partition pour cordes et riche en percussions. La beauté peu commune des instruments anciens et des sons envoute mais les mots se perdent, semblent ne pas trouver leur place. Michel Didym signe pour mise en scène un rituel cérémonial ou funèbre. Un podium au centre du plateau fait office de tombe encerclée d’imposantes cornes animales et autres têtes de lion simplement décoratives. La scénographie de Philippe Druillet surcharge vainement l’espace d’un exotisme appuyé alors que le choix de l’épure aurait été plus judicieux dans un petit espace comme celui-ci. La trajectoire géographique et mentale du personnage devrait être comme une invitation au voyage. Mais véritablement éprouvé par cette atmosphère saturée de couleurs et de sons, de fumées, de feu, de parfum d’encens qui embaume le théâtre entier, par la chaleur et l’étouffement, on peine à s’échapper dans l’imaginaire.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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