Théâtre
Dans Brume de dieu, Laurent Cazanave éclaire la beauté sombre de l’art de Claude Régy

Dans Brume de dieu, Laurent Cazanave éclaire la beauté sombre de l’art de Claude Régy

16 septembre 2011 | PAR Christophe Candoni

Créé à Rennes et présenté à Paris la saison passée, « Brume de Dieu » revient à l’affiche de la Ménagerie de verre et ouvre la nouvelle édition du Festival d’Automne. Claude Régy, toujours profondément attiré par la littérature norvégienne, adapte et met en scène un court passage du roman « Les Oiseaux » de Tarjei Vesaas. Il propose un spectacle exigeant, fidèle à son esthétique ascétique, identifiable parmi toutes. S’y révèle un jeune comédien éblouissant : Laurent Cazanave illumine ce spectacle à la beauté froide et nue.

La représentation à laquelle nous avons assisté hier soir nous partage entre l’admiration que suscite la radicalité du geste théâtral dont Claude Régy ne cesse depuis plus de cinquante ans de carrière de repousser les limites, et l’agacement causé par l’ultra-formalisme du concept. Le metteur en scène développe un art aussi minimaliste qu’extrêmement sophistiqué qui restitue l’écriture et la parole dans une poétique visuelle et sonore immatérielle. Sa haute idée du théâtre ne supporte pas l’art réduit au divertissement, refuse son caractère bourgeois et conformiste. Mais la sacralisation à ce point de ce qui se joue sur le plateau semble gênante. « Brume de Dieu » ne déroge pas à la règle. Il éprouve le spectateur, réclame son attention et une disponibilité émotionnelle totale. Le spectacle se vit comme un voyage, singulier, exclusif et difficile, mais il emporte, intensément, jusqu’à donner le vertige.

L’aventure est aussi particulièrement exigeante pour le comédien à qui Claude Régy impose des contraintes inouïes dans le jeu. Laurent Cazanave, tout jeune acteur d’un peu plus de vingt ans, succède à une liste édifiante de très grands acteurs qu’a dirigés Claude Régy. Citons Piccoli, Noiret, Lonsdale, Châtelain… Au cours du monologue, et ce malgré l’immobilisme constant, l’extrême lenteur d’une élocution hachée et forcément artificielle, l’acteur parvient tout en justesse et en concentration à ouvrir la brèche de l’émotion, laissant transparaître une fine et belle sensibilité. Son rôle est celui du récitant mais on voit en lui Matthis, le visage angélique, le corps robustement bâtit et la poitrine dévoilée, baignant dans une palette de lumières opaques et suivant sa traversée périlleuse sur le lac dans une barque qui prend l’eau. Le très beau texte de Vesaas parle de l’existence, de la solitude, de la marginalité, de la mort ; son interprétation est dense et vibrante.

photo, Brigitte Enguérand

 

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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