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[Critique] « Orphelins » au Théâtre du Nord : un thriller glaçant

[Critique] « Orphelins » au Théâtre du Nord : un thriller glaçant

12 décembre 2013 | PAR Audrey Chaix

Avec Orphelins, Le Théâtre du Nord invite un enfant du pays : Arnaud Anckaert et sa compagnie Le Prisme sont basés à Villeneuve-d’Ascq. Anckaert a choisi de mettre en scène un texte difficile du Britannique Dennis Kelly, que l’on a découvert en France avec Occupe-toi du bébé en 2011. Ici, la scène réunit trois personnages : Helen, son mari Danny et son frère Liam. Un soir de dîner romantique entre les époux, Liam débarque sans prévenir, les bras et le torse couverts de sang. Confus, déboussolé, il affirme avoir été agressé. Tandis que l’on découvre, petit à petit, les circonstances réelles de son « agression », la pièce se mue peu à peu en thriller surprenant, qui mêle inquiétudes d’une société confrontée à l’immigration et dissection de liens familiaux ambigus, dérangeants. 

La scénographie imaginée par Arnaud Anckaert, en collaboration avec Olivier Floury et Alex Herman, rappelle fortement celle de Fractures, autre pièce du répertoire contemporain britannique montée la saison dernière par Stuart Seide au Théâtre du Nord. Une cloison de bois qui réduit l’espace scénique, des accessoires réduits au strict minimum – une table, deux chaises, un téléphone : on a beau se trouver dans l’intimité d’un foyer, celui d’Helen et de Danny, le décor, pourtant,  ressemble à celui d’un hôpital, comme pour montrer à quel point Orphelins cherche à mettre la psyché de chacun à nu, sans que rien ne vienne distraire le spectateur du drame humain qui se joue sous ses yeux.

Car ce sont bien les trois personnages qui sont au centre de la pièce. Ils sont chacun magistralement interprétés par trois excellents comédiens. Dans le rôle d’Helen, Valérie Marinese oscille entre fragilité et détermination, elle qui serait prête à tout pour sauver la peau de son frère – jusqu’à ce qu’elle prenne conscience qu’il a des choses que l’on ne peut pardonner si l’on veut sauvegarder son monde. François Godart interprète Danny, le mari. Exclu de la relation presque incestueuse qui unit le frère et la sœur, il se laisse entraîner dans un fait divers sordide pour rivaliser avec son beau-frère, et semble se perdre lui-même alors qu’il finit par obtenir ce qu’il voulait pourtant. Enfin, c’est Fabrice Gaillard qui incarne Liam, le frère paumé qui fréquente des néo-nazis et joue l’idiot du village, sans que l’on sache vraiment à quel point il a vraiment conscience de ses actes.

Cette histoire sordide est un peu le prétexte d’une étude fine et inquiétante des relations qui unissent les mêmes membres d’un famille. Écrite avec précision et intelligence, la pièce commence comme une comédie noire et grinçante dont les Britanniques ont le secret, avant de basculer dans la franche horreur d’un fait divers effroyable. On en ressort KO, mais convaincus d’avoir vu quelque chose d’important.

 Relire l’article de Christophe Candoni, qui a vu le spectacle dans le off d’Avignon.

Visuels : © Bruno Dewaele et Hugo Deswames

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