Théâtre
[Critique] « Le souper » avec Arestrup et Chesnais : deux acteurs-événements mais une pièce non dépourvue de défauts

[Critique] « Le souper » avec Arestrup et Chesnais : deux acteurs-événements mais une pièce non dépourvue de défauts

24 février 2015 | PAR Matthias Turcaud

Après Claude Rich et Claude Brasseur, Niels Arestrup et Patrick Chesnais reprennent vingt-cinq ans après le flambeau pour redonner vie aux légendaires figures de Fouché et Talleyrand et disserter, autour d’un riche dîner, sur l’avenir de la France après l’abdication de Napoléon Ier.

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Il y a quinze ans Le Souper avait été un succès et donna même lieu à un film pour lequel Claude Rich récolta le César du meilleur acteur. Reprenant le rôle de Talleyrand, Niels Arestrup arrive avec brio à renouveler le personnage, avec ses atouts propres – et Patrick Chesnais s’avère lui aussi impeccable dans le rôle de Fouché, mais cette nouvelle version, proposée cette fois-ci par Daniel Benoin au Théâtre de la Madeleine, nous fait aussi poser des questions sur la pièce de Brisville, dotée de qualités mais également de plusieurs défauts.

Le Souper de Brisville est, à la manière du Diplomatie de Cyril Gély dans laquelle joua également Arestrup – au théâtre comme au cinéma -, une rencontre fantasmée qui prend racine dans l’histoire mais s’accorde également plusieurs licences avec celle-ci. Pour Le Souper, la rencontre entre le « diable boiteux » rattaché essentiellement au pouvoir monarchique et l’impitoyable ministre de la Police sous le Directoire et l’Empire n’eut en fait pas lieu. Une confrontation entre deux personnages si antagonistes, dans un contexte sous haute tension, promettait sur le papier bien des étincelles …

La pièce est néanmoins surtout le prétexte à une avalanche de bons mots. Certes, on ne boude pas son plaisir devant certains d’entre eux – « On saute un numéro, mais on reste en famille », « En France la cuisine change mais les régimes restent » -, mais on regrette le manque d’évolution dans la pièce et l’absence de l’affrontement de « fauves » annoncé. Les émeutiers censés troubler le souper des deux éminences et n’être retenus qu’avec difficulté par le service d’ordre de la Capitale se résument à un timide brouhaha produit par un faible son pré-enregistré, une vitre un peu cassée, bref du pipi de chat.

Le prospectus de la pièce et le site du théâtre de la Madeleine annoncent un affrontement auquel on n’assiste finalement pas vraiment – à force de bons mots certes appréciables et de longues considérations didactiques, ainsi que d’un relatif stationnement dans la pièce. Arestrup et Chesnais, en pleine possession de leurs moyens dans l’incarnation de ces deux légendes sur le déclin, sont cependant suffisamment passionnants pour que l’on oublie parfois les défauts de la pièce ainsi que le côté assez paresseux de la mise en scène.

Restent aussi, en plus de ces deux grands acteurs, une écriture, un sens du dialogue certain, des connaissances historiques qui ne peuvent jamais faire de mal ; mais on déplore tout de même l’absence de suspense et d’un ressort dramatique suffisamment puissant.

Crédits photos : droits réservés.

Le Souper, de Jean-Claude Brisville, mis en scène par Didier Benoin, avec Niels Arestrup (Talleyrand) et Patrick Chesnais (Fouché), au Théâtre de la Madeleine, 19 rue de Surène (8ème). Téléphone : 01 42 65 07 09.

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