Théâtre
Contes et légendes d’Ukraine au Théâtre de la Ville

Contes et légendes d’Ukraine au Théâtre de la Ville

12 décembre 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Le Théâtre de la Ville présente Viï – le roi terre, texte de Klim d’après Gogol dans une mise en scène de Vlad Troitskyi. Une plongée dans l’univers boisé de l’Ukraine qui manque cruellement de clarté.

Dans un décor extrêmement chargé, où le figuratif règne en maître, aucun doute, nous sommes dans une forêt. En effet, les copeaux jonchent le sol, les rondeaux sont suspendus aux cintres. Il y a d’autres choses sur les troncs, comme des animaux. Deux hommes entrent en scène, lampes torches aux mains. Ils sont à la recherche de leurs ancêtres et vont les voir surgir, telle une armée, d’un seul coup. Les voilà insérés dans les mythes et légendes de ce pays qu’ils ne connaissent pas. Ils seront dix-huit sur le plateau.

Vlad Troitskyi met ici en scène une nouvelle ukrainienne de Gogol qui raconte l’histoire de Vii « chef des gnomes dont les paupières pendent jusqu’à terre ». Dans la fameuse forêt, l’un des deux garçons tue accidentellement une sorcière, il se trouve ainsi emmélé dans le conte. Il paraîtrait, à lire le résumé que l’on  y voit « le héros, nommé Khoma Brout accepter une épreuve qui lui est proposée : il doit prier jusqu’au matin sans regarder Vii dans les yeux. Il lève les yeux sur Vii cinq secondes avant la fin de la prière et meurt entre le premier et le troisième cris du coq ».

Pour comprendre cela, il aurait fallut avoir accès au texte, chanté par le groupe de musique folklorique crée par Vlad Troitskyi, le DakhaBrakha qui joue, chante et danse pendant les deux heures que durent la pièce. Ici tout est trop lourd. Parler des chocs culturels en faisant parler deux français disant « mais qu’est-ce qu’ils disent ?  » à longueur de répliques, confronté à l’ukrainien non traduit des chants n’est qu’une idée sans force. Impossible d’accéder ainsi au jeu.  Les choix symboliques manquent de finesse. On citera l’église, ici, très présente, on assistera à un mariage et à un enterrement, qui  devient l’enfer par l’intermédiaire d’une vidéo remplaçant les saints par les flammes. Déjà vu et en mieux, chez Guy Cassiers dans son Sang et Roses, par exemple.

On atteint le Graal de l’incompréhension quand, un esclave (?) vient en avant scène, rideau baissé derrière lui, et se lance dans un monologue non traduit… en VO  non surtitré… Le spectacle apparaît violent, ardu. Cette idée est renforcée par une scénographie envahissante, inesthétique  et brouillonne. Elle ne cesse de nous glisser dans l’ennui provoqué par ce vide de sens. Ici, aucune place n’est laissée à l’imaginaire,  et la lumière, plus que basse, n’aide pas à la visibilité du propos.

Il parait que Vii est sur scène, il parait que le temple est inondé. On a rien vu, rien compris. Abasourdis par les allers et venus des troncs d’arbres comme des pendules, on sombre dans l’ennui comme dans un sommeil empreint d’éternité. Si l’objectif était de nous plonger dans un pays aride aux croyances archaïques, la barque est bien menée. On a comme un doute.

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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