Théâtre

A l’aube de la vie, « Là où vont danser les bêtes »

A l’aube de la vie, « Là où vont danser les bêtes »

23 septembre 2018 | PAR Mathieu Dochtermann

Là où vont danser les bêtes de la compagnie Les Clochards Célestes est un spectacle de marionnettes de rue – même s’il a joué en salle au festival J-365 du fait des conditions météo – qui propose une exploration pleine de poésie d’un monde post-apocalyptique, où la vie a toujours ses droits, et réinvente ses rituels. Une fable intime, l’histoire d’une alliance retrouvée, une parabole délicate sur les chemins du coeur. Précieux.

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Sur la scène, un arbre mort se dresse à jardin, une charrette encombrée d’un fatras de branchages et de tissus attend à cour. Dans l’imaginaire du spectateur, on oscille entre les références à En attendant Godot et à Mad Max.

Mais, finalement, ce qui se joue est comme un anti-Godot, ou un anti-Mad Max. Rien de désespéré, rien de spectaculaire, rien d’absurde ni de violent ici. Au contraire, la fable qui s’installe à mesure que le spectacle se déroule est pleine de force calme et de douceur. S’il s’agit bien de camper des personnages dans un monde post-apocalyptique, c’est pour y dépeindre des rites de vie, la coopération et la compréhension du besoin de l’autre. Cette une histoire belle et simple, empreinte de magie mais bien ancrée dans le réel.

Une esthétique post-apocalyptique qui fait le pari de la douceur

L’esthétique récup’-survivaliste est très joliment réussie, à la fois dans la scéno, dans les costumes, et dans les trois marionnettes. Avec des accessoires de bric et de broc un décor se déploie, un espace de jeu se dessine, une ambiance s’instaure. L’accompagenment musical enregistré, bien choisi, dynamise bien l’ensemble.

Pour ce qui est des marionnettes, la principale est Mamacita, une vieille tortue pleine de la sagesse des ans et des souvenirs du monde-avant. Un peu chamane, elle trace au sol, du bout de son bâton de marche transformé en pinceau, les images de ce-qui-fut, les mammifères, les oiseaux, dans un bel argile ocre. La tête de cette marionnette est magnifiquement réussie, et lui donne une expressivité tranquille à mesure que Sha Presseq, qui la manipule avec beaucoup de délicatesse, lui fait balayer l’assistance du regard.

Une fable ouverte sur l’espoir sans être moralisatrice

La réussite de la plastique et de l’animation de cette marionnette est d’autant plus importante qu’il s’agit du noeud dramatique du spectacle. L’enjeu: continuer la vie, alors même qu’il ne reste plus rien. Pour cela, la fable propose son chemin, qui est la coopération entre espèces, entre une reptile, un oiseau, un loup et une humaine – cette dernière étant jouée directement par Sha Presseq.

L’écueil des propositions qui se donnent pour but d’alerter le spectateur sur une urgence ressentie par l’auteur.e est de tomber dans le didactisme, la morale, voir la mièvrerie quand il s’agit de spectacle jeune public. Mais Là où vont danser les bêtes est, à cet égard, à l’image de son titre: en ayant l’intelligence de jouer de bout en bout la carte de la poésie et du détour par les symboles, cette pièce évite tout bavardage inutile et le ton sentencieux qui pourrait l’accompagner.

Une générosité d’artiste palpable

Au-delà, on y retrouve toute la générosité inclusive du spectacle de rue, où les spectateurs sont invités dans le rituel, et peuvent se retrouver à figurer un cercle bienveillant d’esprits-totems ou être conviés à danser au milieu des bêtes…

Parfois, on se prend tout de même à trouver que certains tableaux s’étirent trop sur la durée: même quand les images sont belles, et les marionnettes réussies, il reste nécessaire que le mouvement ou le moment racontent quelque chose – on pense notamment au vol de la chouette, qui épuise sa magie initiale et se perd dans son étirement.

Il n’en reste pas moins que le spectacle est beau, généreux, sensible. Une très belle fable, peut-être un peu naïve car écrite en pensant au jeune public, mais qui charmera tout de même les adultes, qui seront peut-être juste un peu moins surpris du dénouement.

A voir en famille, donc, mais pas que!

La prochaine représentation de ce spectacle aura lieu les 15 et 16 Novembre au Festival international de la photo animalière et de nature, à Montier en Der (52).

 

Là où vont danser les bêtes from Martela Molucas on Vimeo.

Conception, création de marionnettes et jeu : Sha Presseq
Mise en scène : Antoinette Crémona
Construction de décors : Rémy Fournier
Régie générale : Antoinette Crémona
Vidéo: (c) martelamolucas.com

Infos pratiques

Galerie Sotheby’s Paris
Caveau Mumm
Bastien Stisi
Journaliste musique. Contact : [email protected] / www.twitter.com/BastienStisi

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