Théâtre
Clémentine Baert, « Alors, est-ce que c’est là ? », comprendre ne sert à rien

Clémentine Baert, « Alors, est-ce que c’est là ? », comprendre ne sert à rien

26 avril 2017 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Clémentine Baert revient au T2G avec Alors, est-ce que c’est là, une performance esthétisante, radicale et ardue sur la disparition de l’être aimé.

Elle entre sur le plateau vide, vêtue d’une combinaison-pantalon noire faite de nœuds et de blessures. La lumière sur elle va la sublimer, la rendre complètement irréelle, comme dans un rêve. Cette lumière est signée de Philippe Gladieux, dont on connait évidemment le compagnonnage avec Yves-Noël Genod. Clémentine Baert a déjà travaillé avec Pascal Rambert, actuellement directeur du T2G et Bob Wilson. Il faut peut être chercher chez ces deux metteurs en scène cette relation à la forme très intense. Son travail repose sur la notion de disparition et commence de façon assez évidente dans un cimetière. Elle rencontre l’homme alors qu’il nettoie le caveau familial avec son père.

Commencer par la mort pour comprendre pourquoi celui qui l’a quittée en disparaissant l’a fait peut sembler être une bonne piste. On vous le dit, personne n’a jamais la réponse à cette question, et même en interrogeant de façon scientifique le trou noir, et même en le mettant en scène, les réponses ne parviennent pas.

La présence scénique de Clémentine Baert est dingue, perchée sur talons hauts elle tente de relier l’intérieur, son cœur brisé et l’extérieur qui ne souffre pas comme elle. Pour ce faire, tout passe par la voix qu’elle manipule. Elle accélère, ralentit, joue de l’anglais, glisse vers le chant. Son récit devient une folie qui plombe celui qui l’écoute de la même façon que l’on écoute les contes pour enfants qui semblent tous avoir étés écrits sous psychotropes. Ici le fantastique a sa part, les morts se relèvent et son corps à elle s’éloigne sans qu’elle n’ait à bouger.

Alors est-ce que c’est là demande un temps de recul et d’acceptation. Le choix d’un texte écrit très simplement, de façon hyper réaliste trouble le propos hyper léché de la scénographie. Il faut s’accrocher pour ne pas sombrer face à ce récit sur la perte, totalement désordonné qui nous rappelle que face à l’effacement on a toujours 6 ans, comme elle lorsqu’elle regarde l’homme en « costume-hugo-boss ». La réalité surgit d’un coup dans la pièce et nous réveille. Comme un saut glacé, une claque qui d’un coup enlève la magie et nous fait voir celui qu’on adorait comme il est. Banal… à en crever.

L’étrangeté de cette pièce vient de sa forme hybride en apparence classique. Un seul en scène sur l’amour perdu, il n’y a pas là à voir une révolution. Mais elle torture le genre pour le rendre complexe.

Alors est-ce que c’est là ennuie autant qu’il fascine, nous perd, nous laisse couler puis nous rattrape et laisse ses traces. Finalement, Clementine Baert ne disparaîtra pas.



Visuel © Vincent Arbelet

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