Théâtre
« Chatte sur un toit brûlant » aux Célestins : un texte à sauver

« Chatte sur un toit brûlant » aux Célestins : un texte à sauver

26 septembre 2013 | PAR La Rédaction

Après une première série de représentations lors des nuits de Grignan, Chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams mise en scène par Claudia Stavisky ouvre la saison du Théâtre des Célestins, à Lyon. On connaissait la force du texte e, avant les trois coups, le décor nous promet un beau drame. Seulement, les comédiens ne semblent pas servir, à la hauteur du texte, leurs personnages. Si c’est dommage, restent toujours des dialogues cinglants, des relations conflictuelles et finalement un bien cruel tableau de la famille.

[rating=3]

Un texte riche
Au premier plan, un couple, Brick et Maggie, se déchire : il boit et déteste sa femme quand elle brûle de désir pour lui. Dans le Sud des Etats-Unis, la famille de Brick se retrouve pour fêter l’anniversaire du père de Brick, propriétaire d’une immense plantation. La maison est grande mais tous se retrouvent inexorablement dans la chambre de Maggie et Brick, l’intimité est inexistante – la maîtresse de maison n’aime pas qu’on verrouille les portes – et tout le monde connaît les boires et déboires du fils adoré et de sa femme féline. La famille est donc le lieu où se cristallisent les haines et où explosent au grand jour les préférences filiales et autres trahisons impardonnables. L’amour, l’argent, la famille, l’amitié, la trahison… C’est sans aucun doute la force du texte de Tennessee Williams que de savoir embrasser avec force tous ces thèmes dans une même histoire.

Le conflit
La pièce s’ouvre sur le quasi-monologue de Maggie, jouée par Laure Marsac : la comédienne passe de l’excitation au désespoir, de la séduction à la méchanceté la plus féroce. Et c’est entre deux embardées vers son mari puis vers le lit où ils ne se retrouvent jamais, que le spectateur mesure l’immense solitude de Maggie, sa tristesse à aimer quelqu’un qui désormais la méprise. D’une manière générale, l’on préfèrera toujours quand les comédiens s’expriment seuls sur scène ou échangent avec un seul autre personnage. A cet égard, la scène entre Brick et son père inquiet pour l’alcoolisme patent de son fils, est un moment fort de la pièce. Inversement, les scènes de famille sont plus pénibles à suivre, comme si les personnages, se noyaient parmi les autres, la famille, et n’avaient plus qu’à crier pour se faire entendre.

Le mensonge
Un autre grand thème de la pièce est le mensonge, lui aussi inhérent aux relations de tous les personnages. Car la vérité est toujours à l’origine de la souffrance : Brick n’est pas capable d’entendre que son meilleur ami, suicidé, l’aimait. Un autre mensonge court tout le long de la pièce : on cache sa grave maladie au patriarche. Un mensonge qui cause de nouveaux conflits (le fils aîné, le plus responsable a peur de voir la gestion du domaine légué à son cadet) et de nouvelles violences (comme il se croit à nouveau en bonne santé, le père règle ses comptes avec sa femme). Finalement, la relation humaine semble impossible dans le théâtre de Tennessee Williams si elle n’est pas empreinte de violence, de chantage et de souffrance. Le mariage est le lieu de cristallisation d’une violence réciproque et de la manipulation, les femmes continuent toujours à aimer des hommes frustrés et malheureux et les hommes, eux, cèdent toujours au chantage de leur femme.

Finalement, il semblerait que Tennesse Williams, dans cette pièce, confirme ses propres mots : « Toute ma vie j’ai été hanté par l’obsession que désirer une chose ou l’aimer intensément, c’est se mettre en position vulnérable. »

Claire Teysserre-Orion

Infos pratiques : Au théâtre des Célestins (Lyon) jusqu’au 20 octobre, tous les jours à 20h sauf le dimanche à 16h, relâche le lundi. Puis en tournée au théâtre national de Bordeaux du 5 au 8 novembre, à la Comédie de Saint-Étienne du 14 au 16 novembre, au Théâtre de la Manufacture à Nancy du 19 au 23 novembre, à la Comédie de Picardie à Amiens du 27 au 30 novembre.

Chatte sur un toit brûlant de Tennessee Williams.
Texte français : Daniel Loayza ; mise en scène : Claudia Stavisky
Distribution : Laure Marsac – Margaret (Maggie) , Philippe Awat – Brick ; Alain Pralon, Grand-papa Pollitt, Christiane Cohendy – Grand-maman Pollitt, Clotilde Mollet – Mae, Stéphane Olivié-Bisson – Gooper, Patrice Bornand – Révérend Tooker, Jean-Pierre Bagot – Docteur Baugh

visuel (c) affiche du spectacle

Infos pratiques

Le Festin-Centre Dramatique national de Montluçon
La Comédie de Clermont Ferrand
theatre_des_celestins

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *