Théâtre
Chanteuse à cheval dans la forêt, au Studio Raspail

Chanteuse à cheval dans la forêt, au Studio Raspail

27 novembre 2015 | PAR David Rofé-Sarfati

Ma mère m’a donné une liste de trois psychanalystes ! Le dernier de la liste ne portait  pas de numéro de téléphone, c’est celui que j’ai choisi.  

Eva Gruber nous raconte sa famille. Au milieu d’une dizaine de chevalets de musique et d’un piano  qui parfois s’illumine, parfois s’enfume, Eva se moque avec tendresse de sa mère, de son père, de sa famille, des Juifs, d’Israël, des Allemands, de Freud et des psychanalystes.

Philip Roth explique qu’une bonne biographie est une biographie qui respecte la véracité des faits et où la part de spéculation psychologique est réduite au minimum. A ce titre le spectacle biopic, d’Eva Gruber est une bonne biographie. Seule une vraie vie réussirait à être aussi exceptionnelle, aussi impossible. Le psychologique est escamoté cependant que l’émotion cherche à déborder. Elle déborde dans un humour grinçant et dans des intermèdes lyriques. La comédienne est une cantatrice. Elle est une formidable comédienne, une redoutable performeuse. Apparaît sur scène chaque membre de son arbre généalogique. Elle apostrophe le public. Elle s’amuse des événements importants de sa vie, les manipulant, jouant avec eux, pour nous dire que ces événements sont en elle et hors elle, qu’ils expliquent tout ce qui va désormais advenir.

L’inversion des temps, où Eva nous avertit de ce qui est déjà advenu pour expliquer ce qui va advenir, où elle nous met en garde contre quelque chose qui a déjà eu lieu, signerait la névrose ou la folie  si l’humour et les mots d’esprit ne traversaient pas la pièce. Cet humour du texte conjugué à la richesse de la mise en scène est un sauvetage, par un décentrage du récit.

Il semble qu’au fond,  Éva, a su échapper à la psychanalyse en la contournant par une œuvre artistique conséquente. Sa voix parle de l’universel, de la dette aux origines, de la question récurrente de la transmission et de l’héritage. Elle a manifestement décidé de jouer sur un piano magique où chaque clé serait un déjà-là à protéger ou à éviter car certaines clés sont piégées.

Il faut courir aller voir ce spectacle. Une seule date : Le 14 décembre.

Crédit photos ©Mathilde Michel

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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