Théâtre
« Cet enfant » : dans l’antre de la maternité selon Pommerat

« Cet enfant » : dans l’antre de la maternité selon Pommerat

11 septembre 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Étonnant Pommerat. Il vient ici avec un  spectacle dont l’origine est un travail avec la CAF du Calvados en 2002 et dont la première a été donnée en 2006. On y trouve ici, mais dans une épure qui est plus franche, toutes les obsessions qui rendent les actes de ce metteur en scène d’une pertinence extrême.

[rating=5]

La signature scénique de Pommerat est connue depuis dejà longtemps. Il alterne les saynètes dans des cut inspirés du cinéma. Ses sujets sont toujours sociaux et nous amènent au cœur des hommes, chez les petits, d’autres diraient les « sans dents ». Il invite à ses côtés ses fidèles : Antonin Leymarie pour la musique, ici totalement déroutante. La proposition sera teintée de kitsch mais dans une version jamais tentée par Pommerat et totalement réussie. La musique est ici une presque fanfare, aux dissonances populaires et à l’esprit de flons-flons. Mais il brouille et ne nous laisse pas voir les musiciens laissant planer jusqu’au dénouement des saluts un doute : qui joue ? Live ou pas ?

« Cet enfant » dans son thème nous amène aussi dans un sujet qu’il maîtrise : les relations parents-enfants et au-delà : l’identité d’un être dans une famille. Dix tableaux pour dix propositions plus folles et plus intimes les unes que les autres. Il y a celle enceinte qui veut le meilleur pour son môme dans un cri, celle qui refuse d’accoucher, une autre qui donne son enfant. Il y a aussi des pères à qui les fils ne veulent pas ressembler.

Il y a la compagnie Louis Brouillard : Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Ruth Olaizola, Jean-Claude Perrin et Marie Piemontèse. Tous jouent avec une voix douce et amplifiée, dans une platitude volontaire entrecoupée d’élans hystériques. La parole est directe, elle nous est adressée souvent, dans un premier temps, dans le brouillard justement, puisque les visages sont cachés par le noir. La lumière sculpte ici, via le travail d’Eric Soyer, mais, contrairement à des pièces comme Ma chambre froide, ce n’est pas elle qui décide du lieu où l’on se trouve. La réponse se trouve dans les années de création. Cet enfant est né en 2006, Ma chambre en 2011. Pourtant le lien entre les deux spectacles est évident, on plonge dans des histoires qui créent un fil. A la même période, Au Monde ou Les Marchands avaient également ce souci de l’alternance mais dans la récurrence des personnages et dans un flot de récit. Il est passionnant de saisir comment Cet enfant vient attraper tout humain. Car finalement, tout le monde a ou a eu, un ou des parents, ne serait-ce qu’une minute, certains ont ou auront des enfants. Le sujet rassemble. Les textes eux sont cathartiques, ils conjuguent toutes les folies qui traversent les parents, toutes les peurs, tous les désirs.

Cet enfant est une pièce de théâtre salutaire. Elle doit être vue par tous ceux qui a un moment doivent se resituer dans leur rapport à la parentalité, tous les jours donc.

© Ramon Senera

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