Théâtre
C’est quand le bonheur ? Alain Timar tente une réponse

C’est quand le bonheur ? Alain Timar tente une réponse

06 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il joue à domicile. C’est chez l’un des rares metteurs en scène avignonnais, au Théâtre des Halles que nous avons eu droit, et en avant première s’il vous plait, à notre premier coup de coeur. Le bonheur, titre provisoire est un spectacle qui rend heureux, est-ce ça le bonheur ?

Alain Timar en personne est sur scène et s’improvise peintre en bâtiment. Le voilà écrivant en grosses lettres et en serif : « Le Bonheur ». Ouf, ça va mieux en le lisant. A gauche, hors scène, nous trouvons Paul et Pauline,  Paul Camus et Pauline Méreuze, deux comédiens aux vrais prénoms dont l’alliance des deux sonne comme une blague. Paul et Pauline, cela ne s’invente pas !

Le  joli couple s’interroge, avec pour appui  un texte du philosophe Robert Misrahi, spécialiste de la question du bonheur. Zut, nous voilà pris au piège, « du » bonheur n’est pas « le bonheur », Paul et Pauline se trouvent façe à un mur qui même s’ il change de couleur, passant du noir au blanc sous les rouleaux du peintre, n’apporte pas tellement de réponse.

Elle est fraîche, robe fifties à fleurs, serre-tête bien rose, lui est austère, beau gosse, chemise et pantalon sombre. Et pourtant, ne pas se fier aux apparences, ce n’est pas parce qu’on à l’air heureux qu’on est heureux. On découvre la jolie rousse dépressive, au bord du suicide, lui tentant de la consoler quelque fois de façon radicale. Il faut dire, les maladies, les guerres, la famille, tout cela pousse plutôt à avoir envie d’en finir vite. Elle le hurle  » Tout meurt tout le temps ! » Dans un raisonnement quasi syllogique, ils poursuivent leur quête de la définition du bonheur qui semble absente : même le dictionnaire n’y arrive pas et se cache derrière des synonymes. Un problème majeur se pose : dès qu’une joie est atteinte, elle succède à une peine. Insoluble.

Alain Timar défend que la vie survie à  la perte, tout le temps. La preuve, elle se rate, tente des suicides sur fond de « Résiste » de France Gall qui chante « Tant de libertés pour si peu de bonheur- Est-ce que ça vaut la peine ? » et on se met à rire face à ses élucubrations et à ses anecdotes improbables, on gare « j’ai sauté d’un pont et je me suis mise à nager » .

Face à un mot simple, employé de façon galvaudée dans l’affreuse expression télévisée  « c’est que du bonheur », la pièce vient questionner en profondeur. En mêlant le texte, le jeu et des effets chromatiques le spectateur change de posture passant du positif au négatif, montrant que le bonheur s’ il est fragile et aussi possible à atteindre rapidement, oui rapidement et simplement. Accepter les petits bonheurs quotidiens comme manger du lapin avec du riz …par exemple ! Le plateau est maintenant plein de couleurs, mais il sera repeint en blanc avant la prochaine représentation. Nous avons appris que cela se nommait un  palimpseste, un parchemin manuscrit dont on a effacé la première écriture afin d’écrire un nouveau texte.

Ici, les mots, les couleurs s’effacent dans une belle allégorie. Il n’y a pas de réponse universelle à la question posée, alors, le théâtre fait table rase !

Un spectacle faussement léger, sur un sujet faussement léger, cela donne un bon coup coeur !

Visuel © Nathalie Vucher

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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