Théâtre
Ce soir encore, Patrice Chéreau dit Coma de Guyotat au Théâtre de la ville

Ce soir encore, Patrice Chéreau dit Coma de Guyotat au Théâtre de la ville

17 septembre 2012 | PAR Christophe Candoni

Soirée de prestige jeudi dernier au Théâtre de la ville où l’on croisait, entre autres personnalités du monde du spectacle, Michel Piccoli, Nada Strancar, ou Didier Sandre. Toute la famille était donc là, celle de Patrice Chéreau qui, seul en scène et sous la direction complice, bienveillante, et attentive de Thierry Thieû Niang, reprenait son interprétation de « Coma », ce texte de Pierre Guyotat paru en 2006 au Mercure de France, qu’il avait déjà donné à entendre à l’Odéon en 2009 et qui avait été enregistré par France Culture à l’époque. Immense performance, égale à l’émotion reçue, une grande soirée.

Comment pénétrer dans l’intimité des mots et des sensations d’un auteur comme Guyotat, romancier à la première personne s’il en est, qui décrit, dans « Coma » ses ressentis les plus subjectifs, ses états d’âme en profondeur ? L’auteur fait état dans son beau et douloureux récit autobiographique, de l’incertitude de mouvements perpétuels, de départs, d’allers-retours qu’est la vie, de la maladie, la mort qui sont partout, de la crise et l’inertie existentielles et artistiques qui le touchent, de l’abandon et l’isolement, et tout finit par entrer en rivalité avec son intense envie, son besoin vital de se positionner au monde.

On serait tenté de se demander à la lecture s’il y a une place pour un interprète ? La prestation de Chéreau est édifiante. Acteur puissant, il prête aux mots du poète sa voix profonde, sa diction très articulée, syncopée, son corps mis en mouvement de manière substantielle, sa sensibilité, son intelligence. Il se donne entièrement. Tout fait autorité et sens dans l’interprétation physique, organique qu’il en livre. Le texte transpire son être, son poids, sa sueur. Il est restitué concrètement, avec violence, tendresse, humour parfois, angoisse, vibration.

C’est empli d’humilité que Chéreau entre sur le plateau, presque timide, sur le côté, à jardin, pas trop près, incliné, non frontal. Texte à la main – une brochure très annotée semble-t-il – qu’il doit pourtant connaître presque par cœur. L’espace est à investir, la parole également comme un trajet inconnu à arpenter. Et c’est de manière progressive qu’il va pénétrer tous les champs qui l’attendent, il le fait et s’affirment magistralement. Un dépouillement scénique austère et une lumière ténue ont été retenus, comme dans La Douleur de Marguerite Duras, plus extrêmes encore, et pourtant aucune impression de vide, jamais, tant l’espace et la parole sont habités.

 

Photo © Pascal Victor

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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