Théâtre

Ça brûle les planches

08 novembre 2009 | PAR Soline Pillet

La compagnie Kygel a choisi comme point de départ de sa dernière création, « Ça Brûle », qui se joue jusqu’au 14 novembre dans l’insolite Gare au Théâtre de Vitry-sur-Seine, le fait divers de la translation d’un cimetière de Seine-Saint-Denis. Anecdote véridique et singulière à laquelle se greffent émeutes de banlieues et liens familiaux pour une poignante réflexion sur l’héritage.

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La pièce débute par un intrigant cours d’histoire sur la translation de cimetière, opération consistant à déménager les dépouilles d’un lieu à un autre. L’action s’articule plus précisément autour de la translation qui eut lieu à Sevran en 2005, élément déclencheur de bouleversements chez les protagonistes – fictifs – qui vont dès lors fouiller leur histoire, et l’Histoire. En déterrant les morts, on déterre les secrets de famille.

Depuis la Libération jusqu’aux émeutes de 2005, trois générations se confrontent, incarnées par quatre comédiens épatants, deux Québécois et deux Français- dont un d’origine algérienne – également auteurs de la pièce. Depuis toujours intéressés par la question de l’identité et de la mémoire, les membres de la compagnie Kygel ont mis en commun leur bagage culturel respectif pour créer les textes à partir d’improvisations et d’un fascinant recueil de témoignages. Basés en banlieue, Kygel mêle le sociétal et le mémorial pour un résultat dont les multiples ramifications résonnent forcément à un moment ou un autre chez le spectateur, tous âges et milieux confondus.

Tour à tour émouvant, didactique, et tragi-comique – notamment la scène de l’ultime hommage rendu au cimetière sur une chanson de Dalida – « ça brûle » est aussi abouti sur le fond que sur la forme. La projection vidéo et un décor d’une simplicité extrême – une série de cubes noirs qui vont se modeler en différents éléments narratifs – servent une intrigue dense et enlevée qui nous conduit au cœur de l’existence de la pléïade de personnages tous aussi forts qu’attachants.

Du beau théâtre au service d’un propos à la fois actuel et universel, intelligent et accessible à tous, « ça brûle » est une pièce à voir, et Kygel une compagnie à découvrir et à garder en mémoire.

« Ça brûle« , les 10,13 et 14 novembre à 20h30 – Gare au Théâtre, 13 rue Pierre Sémard 94400 Vitry-sur-Seine – RER C arrêt Vitry-sur-Seine – Réservation : 01 55 53 22 22.

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Soline Pillet
A 18 ans, Soline part étudier la danse contemporaine au Québec puis complétera sa formation par les arts visuels à l’Université de Brighton. Au cours de son apprentissage, elle participe à des projets éclectiques en tant que danseuse. Également passionnée par l’écriture, elle rejoint les bancs de la fac en 2007 afin d’étudier la médiation culturelle à la Sorbonne Nouvelle. C’est par ce biais qu’elle s’ouvre au théâtre, au journalisme, et à toutes les formes d’art. Aujourd’hui, Soline rédige un mémoire sur la réception critique de la danse contemporaine tout en poursuivant sa passion pour la danse et l’écriture. Après avoir fait ses premiers pas de critique d’art pour le site Evene, elle rejoint l’équipe de la Boîte à Sorties en septembre 2009.

2 thoughts on “Ça brûle les planches”

Commentaire(s)

  • Merci pour cet article,
    « ça brûle » parle d’exil, de mémoire et d »héritage, j’adore cette pièce.

    novembre 9, 2009 at 10 h 20 min

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