Théâtre
Buster, Castellucci burlesque et froid au Kunstenfestivaldesarts

Buster, Castellucci burlesque et froid au Kunstenfestivaldesarts

21 mai 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Oh joie ! Le Kunsten, le plus important festival de théâtre contemporain d’Europe se tient à Bruxelles, envers et contre tout ! Jauges ridicules et plein air obligatoire par des températures hivernales et un vent glacial. Il en faut plus pour calmer les fans du roi Castellucci, qui s’attaque, pour la première fois, à l’humour de manière frontale. À moins que cela ne cache autre chose… !

Fusionner la fiction et le réel

Nous l’avions laissé face Paradis, dans une réflexion sur le lien entre l’artiste et l’artisan. Ici, Roméo Castellucci convoque la figure du policier. En l’occurrence, 40 policiers pour pousser encore plus loin ce lien en l’annulant. Des vrais flics, un vrai chanteur et beaucoup d’hommes de la rue, arrivés presque par hasard. Tous sont dirigés dans l’oreillette, et chacun de leur pas est une révélation (tient, le champ religieux n’est jamais loin). Il faut avoir confiance, il faut y croire !

Au début, ils sont couchés tout là-bas au fond sur l’esplanade du Congrès. Elle surplombe la ville et, surtout, elle est toute collée au bâtiment central du commissariat. Ils avancent en ligne vers nous rangés, les maîtres chiens rodent. On ne se marre pas trop.

Le burlesque comme accident

Et puis, tout se déglingue, comme dans un Buster Keaton, comme chez guignol que l’on retrouve ici avec une matraque folle. Comme toujours que ce soit à l’Opéra ou au théâtre, Castellucci procède par accumulation d’objets. Il expose, comme dans un musée, on regarde, on laisse passer… plus tard on comprend.  Les objets peuvent être des mots et parfois des hommes, c’est le cas ici. 

Castellucci nous place dans un inconfort intense, et l’on ne sait plus alors si c’est la température extérieure qui nous fige ou ce que l’on voit, surtout que la lumière étrange d’Andrea Sanson malaxe la masse. Ces flics sont incontrôlables, peuvent se tabasser entre eux, brûler les habits d’un homme puis l’introniser, rire du pire, baisser la garde et même, lâcher leurs armes.

Pour l’éternité

Hors du temps, Castellucci se fout pas mal des violences policières. Il ne faudrait pas prendre Buster pour une pièce à la revendication politique. Non ! Si revendication il y a, elle se place dans l’esthétique, hors du temps. Et c’est cela qui rend les œuvres de Castellucci presque immatérielles, elles offrent, pour ce qui reste de la vie, des images qui collent les souvenirs les uns aux autres. Mais c’est seulement dans quelques mois que nous saurons ce qui aura été le plus marquant dans Buster. La presque crucifixion d’un homme ? La poussée totalitaire matraque levée ? La peur que les chiens soient lâchés ? Un lointain demain le dira.

Visuel : © Stefan Glagla

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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