Théâtre

Bulbus, un village globuleux et froid

Bulbus, un village globuleux et froid

27 janvier 2011 | PAR Yaël Hirsch

Jusqu’au 12 février, Daniel Jeanneteau met en scène la pièce d’une jeune auteure allemande au Théâtre de la Colline. Bulbus, c’est un peu Dogville de Lars von Trier décrit par ses villageois en tropismes libres sous une neige décourageante. Malgré sa très belle scénographie, Bulbus ne fonctionne pas : la pièce perd et  glace le spectateur à la fois.

Une bulle, un œil : Bulbus est  un petit village vivant en autarcie dans le froid. Il se situe aux pieds d’une montagne inescaladable pour ses vieux habitants depuis que les bus ont cessé de rouler. Impossible de remonter jusqu’à la civilisation, donc, mais le calme et la paix d’un village qui vit autour du curling. Quoique le village ait tout de même le loisir d’avoir son italien et son grec, donc sa xénophobie larvée. Le train-train de Bulbus est bouleversé par l’arrivée de deux jeunes gens : Manuel, chargé d’enquêter sur le village qui s’est porté candidat pour un prix à la télé, et Amalthéa, qui s’est trompée de bus et se retrouve coincée au village. Ces deux nouveaux ne sont pas complétement des inconnus…

Le texte comme la scène de Bulbus sont des cercles à l’intérieur desquels le spectateur a l’impression de faire un houla-up un peu triste et mécanique. La première longue scène du spectacle où après avoir brièvement re-joué la « Nuit des temps » de Barjavel (sur un mode humoristique?), le personnage de Manuel se lance dans un commentaire hystérique télévisé, est un premier coup de massue pour le spectateur noyé de détails les plus insignifiants. A la manière des tropismes de Sarraute, les précisions vides de sens de Bulbus cherchent, par leur superficialité même, à exprimer une réalité plus profonde. Mais jamais cette profondeur n’est atteinte car l’addition de tous ces détails lance des pistes, mais qui ne mènent nulle part. Bulbus semble fait pour ne pas être compris. Ceux qui apprécient les interstices postmodernes ouvertes par la pièce prendront probablement un grand plaisir à imaginer comment les remplir. Quant aux autres, qui sentent confusément que la dénonciation du populisme et la critique de l’homme de la horde évitent le cliché simplement par ellipse, ils pourront toujours apprécier la mise en scène épurée de Daniel Jeanneteau. Reste à savoir si un beau plateau et des comédiens qui bougent avec grâce sauront retenir ces derniers 1h45?

Autour du spectacle : Lecture-rencontre en partenariat avec le Goethe institut Lecture d’Anges d’Anja Hilling suivie d’une conversation entre les traducteurs de l’auteur, et l’équipe artistique de Bulbus. samedi 29 janvier à 15h30 réservation au 01 44 62 52 00.

Photo © Élisabeth Carecchio

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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