Théâtre
Bilan du 66e Festival D’Avignon

Bilan du 66e Festival D’Avignon

26 juillet 2012 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Voilà, c’est fini. Ou presque. Le bilan se fait trois jours avant la fin, c’est devenu une tradition. Vincent Baudriller, Hortense Archambault et Simon McBurney, l’artiste associé de cette édition ont dressé un portrait élogieux d’un festival pourtant en demi-teinte.

C’est très ému que le co-directeur du Festival a pris la parole pour dire combien le temps avait semblé court entre la première et la dernière conférence, dans la magnifique cour classée du Cloître Saint-Louis. Cette dernière réunion marque aussi l’arrivée du festival 2013 qui sera le dernier pour le duo, cela a été souligné par Simon McBurney dans un tacle direct à Olivier Py, dont le nom a été totalement effacé ce matin : « Je ne suis pas sûr qu’il y ait le même type de rencontre en 2014 » a-t-il affirmé en parlant au public de la capacité qu’il a à débattre des spectacles, chose inexistante, selon lui, en Angleterre.

Des fleurs méritées ont été lancées. Face à un reproche constant d’une maison qui peine à se renouveler, Vincent Baudriller a avancé les chiffres : « Sur les 42 spectacles, 28 ont été des créations », « 16 spectacles étaient en langue étrangère ». Les salles furent combles avec un taux de remplissage de 93% et 135800 billets vendus, Hortense Archambault soulignant que l’objectif était de remplir au maximum, ce qui pouvait engendrer un retard dans les représentations, élément qui a été pointé du doigt lors des questions de la « salle ». La venue historique d’un président de la République, la dernière fois c’était en 1981, accompagné de sa ministre de la Culture, Aurélie Filippetti et de son ministre du Travail Michel Sapin est un gage de bonne santé financière pour le Festival dont les budgets « n’ont pas été gelés » affirme Hortense Archambault.

Dresser le bilan c’est aussi réaliser quels ont été les fils artistiques tissés pendant ces trois semaines. Les thèmes de la Crise, de la Vérité, de la place du théâtre dans la cité et de la filiation ont été très présents. Ce dernier se retrouve dans le choix même des artistes programmés. Un compagnonnage évident est mis en avant. Pour ne citer qu’eux, Castellucci vient à Avignon depuis 1998 et Thomas Ostermeier depuis 2004. Mais, il a été possible d’accéder à des esthétiques encore inconnues en France, telle celle, très spectaculaire de McBurney, ou encore de donner à un jeune auteur un déploiement encore inédit, ce fut le cas pour Guillaume Vincent et son fantastique La nuit tombe. Le travail fait sur les surtitrages, parfois acrobatiques permet tout de même la rencontre avec un théâtre en VO, qui, à part dans les grands théâtres nationaux est encore difficile à atteindre à l’année.

A l’image de l’artiste associé qui dans Le Maître et Marguerite a fait dialoguer texte et vidéo, on a pu assister à un festival totalement décloisonné où la danse performative de Steven Cohen succède aux textes de Duras dans Nouveau Roman. En cela, le festival assume des prises de risques talentueuses, et l’hommage à Vilar est sans doute vraiment là, puisque c’est lui qui en 1967 l’ouvrit à d’autres formes artistiques.

Reste une autosatisfaction légèrement abusive sur deux points, d’abord, concernant le spectacle du 14 juillet, Place Public, qui aura vu la Place du Palais se vider face à un hommage à Jean Vilar inaudible, le second est la construction de la FabricA, encore largement en travaux. Le lieu de résidence et de répétitions s’installera dans un quartier dont les habitants fréquentent peu les salles de spectacles par manque d’accompagnement. Parachuté dans le quartier sans que les associations locales soient intégrées au projet, le lieu risque d’apparaitre comme un intrus auprès du voisinage. Il ouvrira en 2013, reste à en faire un cœur battant du spectacle vivant à l’année et non pas une bulle du Festival pour habitués. Les directeurs ont tout même expliqué leur démarche d’amener de nouveaux publics, notamment grâce à l’action des CEMEA qui ont permis à 780 lycéens de séjourner à Avignon.

Les noms des artistes associés étaient déjà connus depuis la clôture de l’édition 2011, ce seront l’auteur, acteur et metteur en scène Dieudonné Niangouna et l’acteur et metteur en scène Stanislas Nordey. Et en 2014 ? Quelle sera la nouvelle tradition à inscrire pour le nouveau directeur ? Bernard Faivre d’Arcier avait associé chaque festival à un pays, Vincent Baudriller et Hortense Archambault à un ou à plusieurs artistes. Concernant le futur, ce matin, ce fut silence radio.

Visuel (c) ABN

 

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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