Théâtre
Bien sage « Roméo et Juliette »

Bien sage « Roméo et Juliette »

04 février 2014 | PAR Christophe Candoni

Au théâtre de la Porte Saint-Martin, le très prolifique Nicolas Briançon revient à Shakespeare. Après un Songe d’une nuit d’été sixties et débridé, son Roméo et Juliette étonne de sagesse. Sa mise en scène quelque peu timorée se trouve illuminée du charme radieux de ses interprètes principaux, Niels Schneider et Ana Girardot, qui font presque leurs premiers pas sur les planches.

Ces deux acteurs sont tout à fait les personnages : deux amoureux solaires, d’une fraîcheur irrésistible, où force et fragilité se mêlent avec une pointe de glamour en plus. Juliette est d’une grâce toute enfantine sans manquer de tempérament, Roméo est d’une insouciance vaporeuse et séduisante. Ils rendent charmante et insolente l’adolescence des héros amoureux présentés comme des jeunes gens bien d’aujourd’hui tant dans l’allure que dans la diction et le style de jeu. Même un peu proprets et maladroits, avec une application parfois trop visible encore, ils sont convaincants et assument la lourde responsabilité d’endosser les rôles mythiques des amants de Vérone qui réinvestissent la scène d’un grand théâtre privé après quarante ans d’absence. Ce retour attendu tient de la gageure pour eux mais aussi pour le metteur en scène, Nicolas Briançon, qui s’attaque à un véritable chef d’œuvre, un must mondial tellement monté et adapté aussi bien au théâtre, que sur écran, à l’opéra…

Sa particularité est d’offrir comme écrin à la pièce de Shakespeare et aux affrontements des deux familles ennemies l’esthétique d’un film rétro en noir et blanc. L’action se passe dans le cadre élégant de l’Italie du sud au cours des années 50. Les patriarches portent des costumes sombres, les jeunes garçons, des gilets noirs sans manches sur des chemises blanches et les femmes, des robes d’été à l’étoffe claire et légère. La scène du bal est une fête populaire pour laquelle on a suspendu des guirlandes de lampions sur la place publique. Les villageois y dansent la tarentelle accompagnés par un groupe de musiciens de rue sous le soleil couchant. Même ainsi transposée,  la pièce demeure assez classique et à l’abri d’un éclairage véritablement novateur.

Ce spectacle, de qualité, bénéficie de la simplicité de son traitement et de sa dynamique de troupe – vingt acteurs sur scène, ce qui n’est pas rien – dans laquelle Valérie Mairesse tire son épingle du jeu avec plus ou moins de finesse tout comme Bernard Malaka, plus nuancé dans le rôle de Frère Laurent. Cette nouvelle version de Roméo et Juliette peut être drôle et touchante par moment mais ne transporte pas non plus. L’absence de radicalité dans le propos et l’intensité dramatique pas toujours suffisamment tenue peuvent lui faire défaut.

Photo © Victor Tonelli / Artcomart

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