Théâtre

Avis de Tempête à La Folie Théâtre

06 septembre 2010 | PAR La Rédaction

Par Marie Haddad

Lorsque Marie Paule Guillet et Etienne Guichard revisitent Shakespeare, un vent de folie souffle sur la scène de La Folie Théâtre du 2 septembre au 31 octobre. Si les personnages sont nombreux, les comédiens, eux, sont au nombre de deux. Dans la dernière pièce de son œuvre, le bon vieux William n’omet aucun ingrédient: luttes de pouvoir, forces occultes, amours naissantes, burlesque. Beaucoup de bruit pour une vengeance en six temps.

Prospéro, duc de Milan, voit toute sa prospérité à l’eau lorsque qu’il se fait larguer en pleine mer, lui et sa fille en bas âge Miranda, par son traître de frère Antonio. Le père et sa fille échouent alors sur une île peuplée par quelques chimères. Ariel, esprit de l’air, aide Prospéro à mettre en place sa vengeance en échange de sa liberté. Caliban, fils d’une puissante sorcière, est asservi par Prospéro qui commande aux forces mystiques grâce à ses livres. L’occasion rêvée de punir ses ennemis se présente douze ans plus tard, lorsqu’un navire passe tout près de l’île perdue, avec à son bord les auteurs de la machination.

Dans cette adaptation, Prospéro et Ariel sont omniprésents. Pour livrer l’histoire au public, ils se retrouvent tour à tour à camper le rôle des autres personnages. Ariel exécute une tendre caricature des êtres chers de son maître. Miranda devenue grande, niaise et pleine de sensiblerie, laisse place à l’ivrogne de Gonzalo, ou à Sébastien, frère du roi de Naples. Quant à Prospéro, il endosse les rôles de ceux qui l’ont trahi et sur qui il fait s’abattre sa colère. Il vit la tempête qu’il déchaîne à travers ses victimes et passe de l’un à l’autre dans un jeu presque schizophrénique. La mise en abîme met en place un véritable théâtre dans le théâtre, avec des marionnettes tantôt comiques tantôt pathétiques.

La succession de personnages est d’autant plus forte et troublante qu’elle repose principalement sur le jeu des deux comédiens. Les costumes restent les mêmes pour garder Ariel et Prospéro présents sur scène. On joue sur l’ambivalence des accessoires comme sur les modulations de voix ou d’attitude. Une même cape portée différemment par un roi et un bouffon servira aussi de toile de fond à des projections vidéo. On admire le clin d’œil à l’écriture de Shakespeare qui fait se croiser les registres et passe de l’un à l’autre sans transition. Et si le jeu des acteurs est assez « nu » dans la mise en scène, la magie noire elle, envahit l’espace. Projections au mur ou sur cape, les acteurs sont partout à la fois pour donner corps et âme à cette Tempête.

Le spectateur est immanquablement emporté dans l’œil du cyclone, mais lutte parfois contre les éléments pour ne pas perdre le fil des personnages. On rit, et on apprécie le texte grâce à la mesure des artifices.

De la magie, du bruit, et de la fureur. Rideau.

Adapté, mis en scène et joué par Marie Paule Guillet et Etienne Guichard. Du 2 septembre au 31 octobre 2010 à La Folie Théâtre – 6, rue de la Folie Méricourt – 75011 Paris, métro Saint-Ambroise (ligne 9). Du jeudi au samedi à 19h et les dimanches à 15h. TARIFS: plein 20€, réduit 15€.

Marie Haddad

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