Théâtre
[Avignon Off] « Trois Ruptures », dissection cynique et hilarante de couples en crise

[Avignon Off] « Trois Ruptures », dissection cynique et hilarante de couples en crise

19 juillet 2015 | PAR Audrey Chaix

Derrière une vitre, dans une boîte posée sur le plateau comme un aquarium, un couple se déchire. Trois fois. Trois ruptures que le spectateur suit depuis son fauteuil, mis à bonne distance du drame domestique par cette paroi de verre derrière laquelle s’agitent les personnages. Trois ruptures, trois occasion de disséquer les ressorts de la séparation avec beaucoup de cynisme et d’humour noir. Car Rémi De Vos, auteur de la pièce, ne fait pas de cadeau à ses personnages, et ces trois ruptures sont bien loin de celle de Stan et d’Audrey dans Clôture de l’Amour de Pascal Rambert. Un traitement féroce et drôle de la fin de l’amour, mis en scène avec précision par Othello Vilgard. 

[rating=4]

Trois ruptures, donc, qui sont trois tableaux joués par les mêmes comédiens. Les deux premières ruptures sont assez similaires : dans la première, la Femme n’en peut plus de la chienne de son mari, et elle lui annonce qu’elle le quitte après le dessert d’un dîner particulièrement réussi. La vengeance de l’Homme sera terrible… La seconde rupture est une rupture par infidélité. Lui a rencontré un beau pompier, et il ne comprend pas pourquoi sa femme ne souhaite pas qu’il puisse mener ses deux histoires de front, avoir le beurre, l’argent du beurre et le cul du pompier… La troisième rupture est plus subtile : parents d’un enfant de 4 ans, le couple, terrifié par les crises de colère du petit, envisagent de se séparer pour alterner la garde de leur petit monstre tyrannique…

Dans un décor blanc, aseptisé, les deux personnages évoluent comme des poissons dans un bocal. Vêtus de costumes qui rappellent les Trente Glorieuses – avec ses lunettes à monture d’écaille, Pierre-Alain Chapuis a un faux air d’un jeune Jacques Chirac, ils sont l’image idéale du couple parfait, jusqu’à ce que la bulle explose devant les spectateurs. De Vos y va alors à fond dans la surenchère, les insultes, la violence physique et verbale du couple qui se déchire. Pour appuyer ce procédé, Vilgard va jusqu’à faire ralentir les mouvements des comédiens, comme dans un slow motion à la Matrix, assumant complètement l’exagération de ces joutes oratoires jubilatoires. Et cela fonctionne parfaitement.

Le public rit-il parce que cet humour grinçant est particulièrement bien réussi, ou par mécanisme de défense devant tant de cruauté psychologique, voire physique, entre deux êtres qui se sont un jour aimés ? Les deux, sans doute. Pour en faire l’expérience, il faudra foncer au Théâtre des Halles d’ici le 26 juillet !

Trois Ruptures, de Rémi De Vos. Mis en scène par Othello Vilgard. Avec Johanna Nizard et Pierre-Alain Chapuis. Assistante à la mise en scène : Louise Loubrieu. Lumières : Franck Thévenon. Costumes : Cécile Ponet et Fleur Peyfort. Régisseur : Victor De Vos. Durée : 1 h 05. À 22 h 30 au Théâtre des Halles. Jusqu’au 26 juillet.

Retrouvez tous les spectacles du Festival dans notre dossier Avignon 2015. 

Pour une autre critique, voir ici : http://toutelaculture.com/spectacles/theatre/critique-trois-ruptures-de-remi-de-vos/

Photos : © Othello Vilgard

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