Théâtre

[Avignon Off] Tremblez, l’oiseau noir de David Harrower plante son scalpel aux Doms

[Avignon Off] Tremblez, l’oiseau noir de David Harrower plante son scalpel aux Doms

23 juillet 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Cette mise en scène de Blackbird, la pièce du dramaturge britannique Harrower, ne compte que sur deux comédiens pour être efficace. Heureusement, ils sont excellents quasiment tout du long. A vif et dans leur histoire jusqu’au cou, ils rendent bien les méandres instables de ce voyage au cœur de la noirceur. Voyage énigmatique s’il en est.

[rating=4]

BlackbirdDans une usine grise, très à l’écart de la ville, Paul dirige des équipes. En cette fin d’après-midi, une fille se présente à la porte. C’est Una. Le règlement de comptes commence : nos deux héros ont en effet eu une « histoire » ensemble. Alors que Paul s’appelait encore Alex, et qu’Una avait douze ans.

Dans Blackbird, pièce de David Harrower jouée pour la première fois en 2005, on écoute et on se laisse imprégner par la parole des deux protagonistes, qui plaident chacun leur propre cause. Mais on écoute peut-être à tort. Le récit laisse en permanence planer le doute sur les faits rapportés. On y croit, puis un événement vient faire son travail de remise en cause… Au final, on sera… Mais vous verrez par vous-mêmes.

En tout cas, le texte demeure percutant et troublant. Il peut l’être, ici, du fait du talent de Jérôme de Falloise et Sarah Lefèvre, membres du collectif IMPAKT. Lui surtout, homme corseté dans son pull et son pantalon serré, qui se fissure et retrouve le jeune gars en short, déphasé et désœuvré, qu’il était. Ces figures humaines, qui se trouvent exposées à cœur ouvert, permettent qu’on les suive. Et qu’on essaye de se faire sa propre idée, malgré la présence du dramaturge, qui rôde.

A certains moments, le piège du jeu en force s’ouvre. Le concentré de noirceur mène nos interprètes à sortir leurs tripes, de façon un peu exagérée. On préfère lorsqu’ils laissent venir le trouble. A ces moments, ils savent le plus nous intéresser. Peut-être pour à leur tour nous piéger… Peut-être. Ce sera, en tout cas, avec joie.

Retrouvez le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

Visuel : © collectif IMPAKT

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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