Théâtre

[Avignon Off] « Trahisons » d’Harold Pinter : pour Daniel Mesguich comédien

[Avignon Off] « Trahisons » d’Harold Pinter : pour Daniel Mesguich comédien

23 juillet 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Pas facile de rendre incarnée, sur le plateau, la langue d’Harold Pinter. La mise en scène de Daniel Mesguich, discrète, fait confiance aux comédiens. Celui que l’on remarque le plus est Mesguich lui-même. Tout simplement parce que son « intelligence du texte » apparaît apte à traduire les basculements infimes se produisant au sein du drame. En livrant au passage les états d’âme d’un personnage… Une prestation qui marque, en tout cas.

[rating=4]

A l’issue de la représentation de ces Trahisons, on n’est pas sûrs d’avoir ressenti le vertige contenu au sein de la pièce d’Harold Pinter. Guère aisé, il est vrai, à transmettre : les pièces du dramaturge britannique semblent comme piégées au sein d’une époque, désormais… Malgré, et c’est étrange, leur peu de cadre… Par contre, on a rencontré un personnage : Robert. Ce n’est pas tant l’action qui compte, dans les scènes, que ce qui se passe chez les protagonistes. Des non-dits, à traduire subtilement grâce au texte elliptique. Pas facile. Daniel Mesguich comédien, lui, y parvient.

La pièce commence par la fin : Emma et Jerry sont au restaurant. Emma annonce qu’elle va quitter Robert, son mari. Car ils se sont tout dits au sujet de leurs adultères respectifs. Jerry est paniqué : Robert, son « plus vieil ami », sait désormais qu’il a eu une liaison avec Emma, sa femme… Il court chez Robert. Mais celui-ci le savait, depuis bien avant… On assistera à cette scène d’aveu, dans un hôtel vénitien, un peu plus tard… Ainsi qu’à l’évolution de la relation, dès lors, entre les deux hommes, tous deux éditeurs… Et à celle de la liaison adultère… Non : dans les scènes entre la très belle Sterenn Guirriec et Eric Verdin, respectivement Emma et Jerry, l’émotion n’est pas aisée à ressentir. On a l’impression que leur interprétation présente trop peu de variations… Pas d’accès possible à la pensée, aux mouvements intérieurs de leurs personnages. Ce qui semble intéresser Mesguich metteur en scène.

Lorsque lui joue, c’est autre chose. Qu’il explique à son épouse ce qu’est une partie de squash, qu’il reçoive l’aveu de l’adultère en plein voyage paradisiaque, qu’il affronte Jerry au restaurant, il traduit la chair du texte de Pinter. Chair intellectuelle, toute en ruptures psychologiques qui deviennent des sentiments. Son intelligence du texte est la clé des basculements de celui-ci. Dès lors, on a l’impression de rencontrer son personnage, de le suivre. Les effets de mise en scène, réduits à des touches discrètes, semblent composer un espace mental : du rouge partout, un comédien habillé en serveur (l’excellent Alexandre Ruby) qui vient sortir les meubles de scène et en amener d’autres, en de virevoltantes pantomimes… Ce garçon parle d’ailleurs italien… Un renvoi au personnage de Robert ? cet espace serait-il le sien ? Intrigante question.

Ce souffle qui fait vibrer les syllabes, chez Daniel Mesguich, cette diction qui s’enivre d’elle-même, cette pensée au travail, on peut ne pas les goûter. Mais aussi être en droit de trouver qu’ils ouvrent les mots de Pinter, tout simplement parce qu’ils savent se situer à son niveau. Et n’est-ce pas du texte, totalement possédé, que la diction s’enivre chez Mesguich ? On le remercie, en tout cas, pour le moment théâtral qu’il nous offre.

Retrouvez le dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction

Visuel : © Chantal Palazon

Visuel Une : © Sarah Gabrielle

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One thought on “[Avignon Off] « Trahisons » d’Harold Pinter : pour Daniel Mesguich comédien”

Commentaire(s)

  • Grix

    trahison, la bien nommée.
    Du théâtre sur du théâtre sur du théâtre. Mesguish fait du Mesguish cahier des charges oblige. Guirriec, une fois de plus, fait du Mesguish.On ne lui demande rien d’autre. Verdin fait ce qu’il peut.
    Le serveur les désaltère. Pour moi çà sera un grand verre d’eau fraîche.

    janvier 16, 2015 at 19 h 42 min

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