Théâtre
Avignon Off : « Je t’aime papa mais… merci d’être mort », « j’en avais assez de tes conneries »

Avignon Off : « Je t’aime papa mais… merci d’être mort », « j’en avais assez de tes conneries »

24 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

Je t’aime papa mais… merci d’être mort. L’auteur n’aurait pu choisir meilleur titre pour sa pièce. Le propos est dur, puisqu’il s’agit de résilience, de notre capacité à vivre et à surmonter les difficultés du quotidien. Mais le spectacle, à l’esthétique soignée, est d’une infinie douceur et poésie.

Au début de la pièce, un adulte nous annonce qu’il est né deux fois : le jour de sa naissance et celui où son père est mort. On se demande ce qu’il a bien pu vivre pour prononcer des mots aussi durs si calmement.

Cet adulte, nous ne le reverrons qu’à la fin du spectacle. Il nous quitte un moment pour laisser place au petit garçon qu’il était. Sa métamorphose est sidérante. Son attitude change totalement au point que nous en oublions son âge et ce, sans aucune retouche de maquillage, ni changement de costume. Un simple voile noir situé à l’avant-scène nous suggère qu’il s’agit d’un flashback de son enfance.

Une grande table rectangulaire en bois et une chaise nous suggèrent que nous sommes dans la salle à manger de la maison, son terrain de jeu préféré. Perdu au sein de l’immense scène, le petit garçon semble bien seul. Nous savons pourtant qu’il a une mère, une fratrie et un père. Ce père, nous l’apercevons de temps à autre errant sur le plateau. Il a des allures de géant. Avec ses habits noirs, son mutisme et son pas pesant, il ressemble à une ombre. D’ailleurs, son fils ne le voit quasiment jamais : il est toujours fourré au travail et de plus en plus souvent au bistrot. Depuis qu’il est revenu de la guerre, il a changé. Il ne joue plus avec ses enfants et est même devenu violent.

Pourtant le petit garçon ne semble pas malheureux. Il est certes un peu triste, mais il fait preuve d’une grande résilience face aux problèmes d’argent, ainsi que face à l’absence, l’alcoolisme et la violence de son père.

Ce qui le sauve de cet environnement familial un peu trop pesant, c’est son imagination débordante. La scène prend ainsi par moment des allures de fête foraine. Marionnettes, masques, musiques, friandises… sont autant d’éléments qui renvoient à la douceur de l’enfance. Tout ceci offre un contraste saisissant avec le quotidien du petit garçon.

Sa capacité à glisser sur les difficultés de la vie est vraiment admirable. Plein de ressources et d’une grande créativité, il est parvenu à se créer un monde imaginaire, qui lui permet d’adoucir la dure réalité.

Ce petit garçon, dans lequel de nombreuses personnes peuvent se reconnaître, n’est autre que l’auteur et metteur en scène de la pièce. Il nous livre ici une part de lui-même, ainsi qu’un message plein d’espoir. Il nous prouve que même si la vie peut parfois se montrer cruelle, il ne tient qu’à nous de trouver la force d’aller de l’avant.

Informations pratiques :

Je t’aime papa mais… merci d’être mort, texte et mise en scène de Philippe Saumont, présenté dans le cadre du festival Off d’Avignon, du 6 au 27 juillet 2018, relâche les 11 et 18 juillet 2018, à 10 heures, au 11 . Gilgamesh Belleville. Durée : 1 heure.

Visuels : © JTPP / Théâtre des Tarabates

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Infos pratiques

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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