Théâtre

Avignon Off : rendez-vous au « Café polisson » pour un moment coquin

Avignon Off : rendez-vous au « Café polisson » pour un moment coquin

16 juillet 2018 | PAR Magali Sautreuil

Créé en 2015 au Musée d’Orsay, à l’occasion de l’exposition Splendeurs et misères, images de la prostitution 1850-1910, le « Café polisson » de Nathalie Joly vous invite dans l’intimité d’une maison close de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle. Osez franchir le seuil de l’espace Roseau, ses occupantes savent y faire avec le chaland…

 

CAFE POLISSON, chant et conception Nathalie Joly, mise en scene Jacques Verzier, scenographie Jean-Jacques Gernolle, peinture Maite Goblet, costumes Claire Risterucci, dans le cadre du cycle Splendeurs et miseres, auditorium du musee d'Orsay le 23 septembre 2015. Avec : Nathalie Joly, (chant) (photo by Patrick Berger)
© Patrick Berger

L’esthétique très travaillée des costumes et du décor vous transporte au temps du Second Empire et de la Belle Epoque. Sous nos yeux un piano-bar, une salle de café-cabaret, un cabinet de toilette et des coulisses que l’on aperçoit à travers une ouverture et qui titille une curiosité qui ne sera jamais satisfaite. Les murs sont tapissés de peintures réalisées à la manière de Toulouse-Lautrec, le peintre qui a croqué de nombreux lieux de loisirs et de plaisirs de son temps.

Le mobilier, quant à lui, est à l’image de la maîtresse de maison. Selon elle, il finira sûrement un jour au Mont-de-Piété. Les fumigènes, les lampions, la lumière rouge et jaune recréent l’atmosphère particulière propre aux maisons closes et renforcent notre impression d’enfermement. Notons au passage la magnifique scène baignée de vert lorsque Marcelle La Pompe entonne la chanson de La Buveuse d’absinthe (Maurice Rollinat et Yvette Guilbert) toujours enceinte.

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© Musée d’Orsay / Sophie Boegly

On chante dans un bordel ?, vous étonnerez-vous peut-être. Oui, on chante, on danse, on se donne en spectacle. C’est même un moyen d’appâter le client et c’est aussi le cœur de cette pièce, ou plutôt de ce café-concert. Les chansons, empruntées au répertoire du Second Empire et de la Belle Epoque, jusqu’aux années 1930, ne manquent pas de sel et vous feront découvrir le vocabulaire fleuri des prostituées.

Mais au-delà de leurs airs grivois et coquins se cachent une tout autre réalité et une certaine mélancolie. Chaque parole reflète la vie de ces femmes, leur quotidien, leur solitude, leur langueur, leur ennui, dans l’attente d’un éventuel client, de celui « qui voudrait casquer pour un prix modique… ». Il est aussi question du temps qui passe, de la jeunesse qui s’efface, de la vieillesse, des corps qui se flétrissent et des clients qui se font rares.

La voix de Nathalie Joly, alias Marcelle La Pompe, nous renvoie également aux quotidiens de ces « gueuses ». En effet, son lyrisme laisse parfois place à une gouaille propre aux catins. Mais heureusement, lorsque l’on exerce ce métier, « on oublie tout, Dieu merci, tout passe… »

Avec Jean-Pierre Gesbert, le pianiste-trompettiste de la maison un peu taquin, Bénédicte Charpiat, une tapineuse androgyne et Carmélia Delgado-Marion Chiron, une ingénue qui débute dans la profession, Nathalie entend faire prospérer son commerce. Pour ce faire, elle n’hésite pas à racoler en salle, à la recherche de vieux messieurs, un pari sûr, de potentielles recrues, de jeunes talents pour des auditions…

Mais sa carte maîtresse réside dans la diversité des spectacles proposés aux clients : chansons, danse aux multiples influences, effeuillage, cinématographe… Le Piano irrésistible, film d’Alice Guy, une des pionnières du cinéma de fiction, est, soit dit en passant, projeté de manière peu conventionnelle…

Le Café polisson, dans lequel nous invite Bénédicte Charpiat dans une version revisitée de la chanson Bienvenue du musical Cabaret, nous régale par ses airs grivois, coquins et truculents, tandis que la solitude et la mélancolie de ses occupantes nous touche profondément.

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© Musée d’Orsay / Sophie Boegly

À découvrir à l’espace Roseau. Ce n’est certes ni une maison close, ni un cabaret, mais, selon les dires des comédiennes, il n’est de « chose plus admirable qu’un théâtre comme lieu de débauche ! »

Informations pratiques :

Titre : Café polisson 
Conception et texte : Nathaly Joly
Mise en scène : Jacques Verdier
Scénographie et décor : Jean-Jacques Gernolle
Costumes : Claire Risterucci
Comédiens : Nathalie Joly (guitare et chant), Jean-Pierre Gesbert (piano, trompette et chant), Bénédicte Charpiat (danse), Carméla Delgado ou Marion Chiron (bandonéon), Jacques Verzier (chant)
Production : Compagnie Marche la route
Lieu : Espace Roseau, 8 rue Pétramale, 84000 Avignon
Dates et horaires : Festival Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet 2018 (relâche les 9, 16 et 23 juillet 2018), à 18 heures
Durée : 1 heure 15

Visuels : © Musée d’Orsay / Sophie Boegly (site Internet de la compagnie) et © Patrick Berger

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Magali Sautreuil
Formée à l'École du Louvre, j'éprouve un amour sans bornes pour le patrimoine culturel. Curieuse de nature et véritable "touche-à-tout", je suis une passionnée qui aimerait embrasser toutes les sphères de la connaissance et toutes les facettes de la Culture. Malgré mon hyperactivité, je n'aurais jamais assez d'une vie pour tout connaître, mais je souhaite néanmoins partager mes découvertes avec vous !

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