Théâtre
[Avignon Off] L’homme dans le plafond captive à la Présence Pasteur

[Avignon Off] L’homme dans le plafond captive à la Présence Pasteur

20 juillet 2015 | PAR Christophe Candoni

Dans L’Homme dans le plafond présenté par la Compagnie Isabelle Starkier à la Présence Pasteur à Avignon, la grande Histoire rencontre la petite et l’homme apparemment bien sous tout rapport révèle sa plus noire nature. Captivant.

« C’est une histoire vraie ! »  est-il plusieurs fois précisé pendant la représentation de L’Homme dans le plafond, une pièce pourtant d’une forte et indéniable portée romanesque. Son histoire est étonnante. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, dans un petit village de province dans le nord de l’Allemagne, un couple apparemment bienveillant recueille chez lui un juif qu’il fait vivre dans leur grenier à l’abri des atrocités extérieures et des menaces nazies. La guerre une fois finie, plutôt que de lui rendre la liberté recouvrée par le peuple allemand, le couple décide de ne pas lui révéler la capitulation du pays pour continuer de profiter du conséquent loyer qu’il verse. Séquestré et humilié, l’homme pense toujours jouir de la généreuse protection de ses hôtes devenus ses bourreaux.

Isabelle Starkier s’empare de la pièce signée Timothy Daly dont elle avait déjà monté Bal de Kafka dans le Off d’Avignon en 2009. Ce dramaturge australien écrit aussi bien pour le théâtre que pour le cinéma et la télévision et on reconnaît l’habileté, la maîtrise à dessiner efficacement les situations et les personnages. Sur le plateau où s’érige, dans une atmosphère crépusculaire, une haute et tangible structure sur étage en béton, une équipe d’acteurs très engagés, très concernés, très justes défendent le propos sans manichéisme et avec humanité. La représentation est enlevée et montée sans excès de pesanteur, malgré son sujet lourd et sensible. Des images d’archives projetées évoquent sans détour le contexte du drame. Mais un rire salutaire et cocasse naît à bien des endroits et, comme l’accompagnement musicale à l’accordéon exécutée par Michèle Brûlé, fonctionne comme un appel d’air.

La lâcheté, l’opportunisme des êtres en temps de guerre sont ainsi mises en lumière. Le drame humain est édifiant et plus encore parce qu’Isabelle Strakier et ses fidèles et remarquables comédiens le restituent sur le fil de la tragi-comédie.

Présence Pasteur. 13 Rue Pont Trouca 84000 Avignon. Réservation : 04 32 74 18 54 / 09 66 97 18 54.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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