Théâtre

[Avignon Off] Le poète comme boxeur : hommage à Kateb Yacine à partir d’écrits autobiographiques

[Avignon Off] Le poète comme boxeur : hommage à Kateb Yacine à partir d’écrits autobiographiques

21 juillet 2014 | PAR Camille Lucile Clerchon

La Cie El Ajouad fait entendre la voix du grand écrivain algérien à la Manufacture. Mise en scène par Kheireddine Lardjam, la pièce est conçue à partir d’un montage de textes inédits de Kateb Yacine réalisé par Samuel Gallet.

Un comédien et un chanteur-musicien portent sur scène la parole de Kateb Yacine, une parole qui exprime un engagement militant en faveur d’une Algérie libre et une quête identitaire à la fois individuelle et collective. Mais la substance poétique et la puissance subversive de cette parole s’étiolent par le choix d’une dramaturgie linéaire et chronologique, et une mise en scène parfois trop naturaliste.

Au commencement, on est peu satisfait par le ton emphatique d’un Kateb Yacine que l’on ne souhaite pas forcément retrouver à l’état de personnage, accoudé à sa table ou frappant sur sa machine à écrire.
Fort heureusement, le procédé du binôme, formé par Azzedine Benamara et Larbi Bestam vient donner de la profondeur l’incarnation du poète. Chants Diwane, poésie scandée, accent du bled et syntaxe ampoulé viennent se fondre au creuset de l’oeuvre de Yacine. Lorsque la pièce prend la forme d’un concert, elle connait ses meilleurs moments. Emmené par le chant et la musique, le jeu du comédien se délasse et gagne en intensité et en honnêteté. Un personnage qui ne convainquait pas se dissout, laisse place à l’instant présent de l’interprétation, laissant revivre l’oeuvre de Kateb Yacine.

La question du langage est au coeur du propos de la pièce : le français est une arme impérialiste qui peut se retourner contre celui qui en fait un usage trop martial, comme ce fut le cas sous le joug colonial. La perte de la langue maternelle est une déchirure pour le jeune Kateb Yacine pour qui le choix d’écrire en français ou en arabe revêt une signification militante. Le français du colonisateur mais aussi l’arabe littéraire, langue nationale algérienne, préférée à la langue Tamazight sont autant de langues qui charrient leur lot d’histoires et de mythologies, de violences réelles et symboliques. A ce titre la polyphonie à l’oeuvre dans la pièce est réellement pertinente.
Mais la force de frappe du mot et de la poésie ne sera pas plus investie. La pièce n’ose pas se délester d’une trame autobiographique chronologique certes rassurante mais ennuyeuse et qui restreint la portée de l’oeuvre de Kateb Yacine. La mise en scène semble hésiter entre cet écueil porté principalement par le texte, et une proposition plus audacieuse, plus virulente, moins convenue.

Retrouvez le Dossier Festival d’Avignon 2014 de la rédaction.

Le Poète comme boxeur de Kateb Yacine jusqu’au 26 juillet à La Manufacture
Visuel : DR

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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