Théâtre
[Avignon Off] « En attendant Godot » tout en contrastes et en interprètes remarquables

[Avignon Off] « En attendant Godot » tout en contrastes et en interprètes remarquables

25 juillet 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Laurent Fréchuret nous a livré, en Avignon, une vision de Godot toute en contrastes, jouée par des interprètes aux personnalités remarquables. A voir bientôt à Lyon, à Voiron,à Villefranche…

[rating=4]

EN ATTENDANT GODOT -On l’a vu cette saison monté par Jean Lambert-wild, et Laurent Vacher (lire nos critiques ici et ). Il nous a emmené du clownesque, joué en bord de plateau, au physique, poussé à l’extrême, et hanté par la mort. En Avignon, on s’est confronté, avec curiosité, à la vision de Laurent Fréchuret. Recelant bien des contrastes stimulants, prêts à se déployer, sur du sable synthétique.

Avec En attendant Godot, on est obligé de rêver. Chez Fréchuret, on s’est dit d’emblée que ça serait une histoire de contrastes. Car Estragon peut sembler un double futur de Vladimir. Avec l’interprétation de David Houri, ce dernier apparaît sous un jour lyrique, encore plein d’espoir. Le dialogue avec le grand Jean-Claude Bolle-Reddat (Estragon), beaucoup plus terre-à-terre et abîmé physiquement, suggère un écart de temps. Créant un contraste saisissant.

Pozzo (Vincent Schmitt) a l’âge d’Estragon. Ces deux émanations montreraient-elles à Vladimir son futur ? Ses possibilités de futur ? Sa chanson où il parle du chien, placée au centre de la pièce, contiendrait-elle l’idée centrale de la mise en scène ? Interrogé, Laurent Fréchuret, pense, lui, au passé qui vagabonde… Qui visite notre Vladimir. Mais pas que : tout reste flottant… Et le physique de Maxime Dambrin (Lucky), au jeu déséquilibré et remarquable, répond curieusement au jeune garçon qui entre à la fin de chaque acte. On finit par se sentir dans un cerveau. Dont l’arbre central serait la ramification restante.

Les situations posées, elles ne varient pas forcément beaucoup. Quelques passages patinent un peu. Mais le jeu physique des interprètes emporte le morceau. Et au final, lors de la dernière tirade de Vladimir, la lumière ne s’éteindra pas. Laissant l’espoir de notre personnage un peu abîmé, mais pas trop. A nous d’imaginer une suite positive. On a eu une belle amorce, contenue dans ces jeux de contrastes. Sous la direction de Laurent Fréchuret, Godot a su, une fois de plus, nous transmettre des sentiments. Vive les textes vastes. L’absurde serait de les monter comme en 1950.

*

Les dates après Avignon : à Andrézieux le 15 janvier 2016 (Théâtre du Parc) ; à Lyon du 19 au 30 janvier (Théâtre de la Croix-Rousse) ; à Privas les 4 et 5 février ; à Voiron les 8 et 9 février (le Grand Angle) ; à Roanne le 12 février ; à Villefranche-sur-Saône du 1er au 3 mars ; à Montbrison le 5 mars (Théâtre des Pénitents) ; à Villefontaine les 10 et 11 mars (Théâtre du Vellein) ; à Firminy le 17 mars (la Saison culturelle).

En attendant Godot, de Samuel Beckett. Mise en scène de Laurent Fréchuret. Avec Jean-Claude Bolle-Reddat, Maxime Dambrin, David Houri, Vincent Schmitt. Scénographie : Damien Schahmaneche. Lumière : Franck Thévenon. Costumes : Claire Risterucci. Maquillage et Coiffure : Françoise Chaumayrac. Assistante à la mise en scène : Caroline Michel. Régie générale : Nicolas Henault / Rosemonde Arrambourg. Régie plateau : Pierre Langlois / Sylvain Tardy. Durée : 1h55.

Visuel : © Christophe Raynaud de Lage

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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