Théâtre

Avignon OFF 2019 : « Stéphanie St-Clair, reine de Harlem », une femme au destin d’exception

Avignon OFF 2019 : « Stéphanie St-Clair, reine de Harlem », une femme au destin d’exception

15 juillet 2019 | PAR Magali Sautreuil

Icône de la cause noire et féministe Outre-Atlantique, Stéphanie St-Clair est une illustre inconnue en France. Présentée dans le cadre du festival off d’Avignon, au théâtre du Petit Louvre, cette pièce entend nous faire découvrir le destin exceptionnel de cette femme qui, à partir de rien, s’est construit un empire ! 

Toute la Culture : « Qui est Stéphanie St-Clair ? Pourquoi avoir choisi de raconter son histoire ? Qu’est-ce qui vous a plu chez cette femme ? »

Isabelle Kancel : « Stéphanie St-Clair était une Martiniquaise, qui a émigré aux États-Unis en 1912, où elle est devenue chef de gang à Harlem au temps de la Prohibition. J’ai eu envie de raconter son histoire car, si elle a laissé des traces de sa célébrité en Amérique, où elle est une icône de la cause noire et féministe, ce n’est pas le cas en France, où elle est totalement inconnue. En adaptant le roman de Raphaël Confiant pour le théâtre, j’ai voulu réparer cette lacune, en racontant le parcours hors du commun de cette femme noire et fluette, issue d’un milieu pauvre, qui a su transformer ses handicaps en force pour devenir la puissante patronne de la loterie clandestine de Harlem. »

Toute la Culture : « Stéphanie St-Clair a vécu dans les années 1920. En quoi son histoire est-elle moderne ? »

Isabelle Kancel : « Il est question d’un monde où les femmes n’ont pas le droit de cité et où les hommes font peser leur pouvoir sur les faibles. Il dépeint un environnement où chacun lutte pour sa survie et cherche à se faire une place dans une société hostile. Il me semble que c’est encore le cas dans nos sociétés modernes, qui ont bien des difficultés à accepter l’autre dans sa différence et où les faibles sont vite écrasés, quand ils n’ont pas les moyens intellectuels et matériels de s’en sortir. Stéphanie St-Clair cristallise à elle seule tous les combats : celui des noirs, des pauvres, des femmes et des exilés. Elle résume toute l’histoire de la population antillaise faite de nombreux paradoxes liés aux métissages. Elle se faisait appeler « la négresse française ». Cette femme en quête d’émancipation et d’élévation révèle que, de tout temps, des femmes ont souhaité s’émanciper et sortir du carcan social dans lequel on a voulu les cantonner. Le texte soulève également les questions de l’intégration et de l’identité, non seulement raciale, mais également culturelle, sociale et sexuelle. Il interroge les possibilités de chacun à se construire une identité autre que celle qui lui est assignée à la naissance, la capacité de se définir hors de son territoire ou de son environnement culturel. En ces temps où les questions identitaires sont au centre des débats, il nous semble important de faire entendre cette voix venue de la Caraïbe (l’écriture de Raphaël Confiant étant riche de ses créolismes), de donner chair à cette femme qui s’est imposée avec ses singularités et dont les revendications sont d’une absolue modernité. Un témoignage qui résonne donc avec notre époque moderne. »

Toute la Culture : « Pourquoi un seul en scène ? »

Isabelle Kancel : « Ce n’est pas un choix en tant que tel, ça s’est trouvé comme ça. L’idée géniale de ma metteuse en scène, Nicole Dogué, a été de me faire jouer tous les personnages que Stéphanie St-Clair croise dans sa vie. Un type de défi que j’aime en tant que comédienne. Incarner cette femme au caractère complexe qui se jouait de tous en jouant toutes les identités, alternant les registres pour mieux s’imposer lors de ses nombreux procès : tantôt française, tantôt américaine, noire, blanche, faible, forte, était un matériau théâtral idéal à investir. Pas de voix off donc, hormis la quimboiseuse qu’on entend dans sa prophétie… qui apparaît comme dans un rêve. »

Toute la Culture : « Le décor est assez sobre. Comment avez-vous décidé de mettre en scène la vie exceptionnelle de cette femme ? »

Isabelle Kancel : « C’est la lumière qui crée le décor et définit les différents lieux traversés par Stéphanie St-Clair. C’est aussi un moyen esthétique qui permet de laisser une part d’imaginaire au public. On voyage donc léger, avec le moins d’artifices possible ! »

Toute la Culture : « En dehors du festival d’Avignon, comptez-vous proposer des ateliers autour de la pièce ? »

Isabelle Kancel : « Il est possible en effet de proposer des ateliers de discussion autour des thèmes tels que : identités, exil, féminisme… »

Stéphanie St-Clair, Reine de Harlem, spectacle biographique écrit par Raphaël Confiant et Isabelle Kancel, mis en scène par Nicole Dogue, présenté dans le cadre du festival off d’Avignon, au théâtre du Petit Louvre (Van Gogh), du 5 au 28 juillet 2019, à 20 h 20. Relâche les mercredis. Durée : 1 h 15.

Retrouvez l’actualité de la compagnie Ce Que Jeu Veut sur son site Internet (ici)  et sa page Facebook (ici).

Visuel : Affiche officielle

Infos pratiques

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FICEP – Forum des Instituts Culturels Étrangers à Paris
Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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