Théâtre

L’Affamée de Violette Leduc à l’ATELIER 44. Un Bijou. [AVIGNON OFF]

L’Affamée de Violette Leduc à l’ATELIER 44. Un Bijou. [AVIGNON OFF]

22 juillet 2017 | PAR David Rofé-Sarfati

L’Affamée de Violette Leduc est la description d’un amour. De cette description intime et intense Catherine Decastel nous rend compte dans une vibration magnifique.

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L’oeuvre de Leduc est indécente, névrosée, forte. Elle est majeure dans la littérature homosexuelle de la persécution. Née en 1907 de l’union d’un aristocrate avec sa domestique qui, enceinte, a dû fuir la ville, Violette Leduc est la Bâtarde, la laide. Comme une figure d’un roman de Victor Hugo, son personnage de monstre, par sa laideur et son esprit, va nous apprendre beaucoup.

L’écriture de Leduc est simple, rapide, les phrases sont courtes et poétiques; elle nous parle dans L’Affamée de cet amour complexe pour cette femme écrivaine qui sans l’ignorer l’éconduit. Sans la nommer, elle aime et attend sans cesse cette femme (cette femme est Simone de Beauvoir). Elle attend les moments où elle la rencontre au café, elle redoute ses départs. Le manque d’elle est doucereusement atroce. Elle attend quelque chose qui n’arrivera jamais. Elle attend cette chose parce que justement elle n’adviendra jamais.

C’est un amour fou, torturant, obsédant, irréalisé. Le biais est dans l’intensité de l’amour et de la douleur masochiste. Catherine Decastel s’empare du texte et de son sous-texte avec respect et sincérité. Elle sera cette bâtarde, cette laide, cette affamée, affamée d’amour. C’est intense. Le texte semble lui traverser le corps avec la même cruauté que les mots et que la situation qu’ils décrivent. La comédienne se tord. Dans un instant anthologique elle est parcourue allongée par une vague de douleur qui n’est autre que du dépit amoureux qui l’empiète et la traverse.

Abandonnée par l’être aimé, elle se simplifie, dit-elle.

De son obsessionnalité, Leduc a écrit sur l’amour un grand texte devant lequel Catherine Decastel ne faillit pas. Elle nous propose un moment à ne pas rater d’incarnation rare. C’est beau comme poignant.

Interprète : Catherine Decastel
Metteuse en scène : Catherine Decastel
Dramaturge : Armelle Bossière
Chorégraphe : Fabrice Taraud
Créatrice lumière : Christine Mame

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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