Théâtre

Avec « Jacques ou la soumission », les élèves du Cours Florent dépoussièrent Ionesco

12 mai 2010 | PAR Christophe Candoni

On peut applaudir jusqu’au début de l’été « Jacques et la soumission » suivi de « L’avenir est dans les œufs », deux pièces de Ionesco jouées tous les week-ends par de jeunes acteurs en fin de formation des Cours Florent. Les représentations ne ressemblent aucunement à un spectacle dit « d’école » mais sont le fruit d’un travail professionnel et stimulant qu’a réalisé le metteur en scène Paul Desveaux avec les apprentis acteurs. Ce spectacle partira en Slovaquie pour quelques dates au mois de juin.

Nous avons assisté à la première représentation du spectacle et nous avons beaucoup rit. « Le comique n’est bon que s’il est gros » écrivait Ionesco et les jeunes comédiens exploitent avec vivacité et caractère un jeu antinaturaliste qui exclue toute psychologie et privilégie l’outrance, en frôlant l’excès parfois. La mise en scène est enlevée et extrêmement efficace car elle réinvente le comique d’Eugène Ionesco qui peut sembler désuet. On retrouve dans les deux pièces, écrites et créées dans les années 50, la loufoquerie et la fantaisie de l’auteur de « La Cantatrice chauve », qui élabore un comique sur le langage et les sonorités avec de nombreux jeux de combinaisons de mots et autres néologismes.

Jacques est un fils indigne qui refuse de rentrer dans le moule et se conformer aux règles familiales. Sa faute ? Il n’aime pas les pommes de terre au lard. Plus grave, il refuse la jeune fille qui lui est destinée en mariage car il l’a trouve trop belle (il lui manque un troisième nez) ! Antoine Raffalli joue le rôle titre en puisant dans une part d’adolescence encore proche ; il porte un regard révolté et mélancolique presque apeuré devant la monstruosité de ses parents. Mathieu Saccucci développe une autorité dictatoriale de bon père de famille et Tatiana Spivakova compose avec folie une mère hystérique sous médocs. Avec leur tempérament de feu, ils forment un duo comique irrésistible et effrayant, tout comme Géraldine Szajman et Alexandre Devos qui campent des beaux-parents assez dingues, énigmatiques voire pervers. Ces deux couples représentent avec force une bourgeoisie décadente qui vit dans l’illusion d’avoir le monopole de la morale alors qu’elle est capable du pire, comme d’organiser un mariage forcé entre Jacques et Roberte (délicieuse présence de Victoria Kozlova). Plus nuancée, Jeanne Piponnier compose le personnage de la sœur avec beaucoup de drôlerie et d’humanité.

Si la pièce est si drôle, c’est parce qu’elle est cruellement méchante. Paul Desveaux la fait débuter sur un fameux air des « Contes d’Hoffmann » qui chante en boucle de manière ironique « L’avenir est à nous » alors qu’il met en scène un monde « chronométrable », qui appréhende sa finitude. Dans la deuxième pièce, Jacques passe du statut de victime rejetée à celui de sauveur pour ce monde sclérosé. Il se reproduit sur un mode grotesque et pond une quantité d’œufs. De manière métaphorique, la pièce dénonce un capitalisme qui déraille dans lequel le destin de l’homme est de produire à l’infini. On s’amuse à assister à la mise en pièce des clichés propres au théâtre de boulevard : les costumes clinquants réalisés par Laurence Révillion, le salon cossu pour décor où tout se passe autour d’une large table qui sert aussi d’espace de jeu aux acteurs. Au rire s’ajoute l’atroce, avec quelques références au régime hitlérien, le spectacle bascule dans une noirceur traitée jusque là qu’en filigrane. Le final nettement plus radical fait froid dans le dos.

 

Jacques ou la Soumission suivi de L’Avenir est dans les œufs, mise en scène de Paul Desveaux avec Alexandre Devos, Camille Jacoulet, Victoria Kozlova, Jeanne Piponnier, Antoine Raffali, Matthieu Saccucci, Tatiana Spivakova, Géraldine Szajman et Jackee Toto.

Les Samedi 24 avril à 17h, Dimanche 25 avril à 20h, Vendredi 30 avril à 20h, Vendredi 7 mai à 20h, Vendredi 14 mai à 20h, Samedi 15 mai à 20h, Vendredi 21 mai à 20h, Samedi 22 mai à 20h, dans la Salle Isabelle Adjani des Cours Florent, 39 Avenue Jean Jaurès 75019 Paris (métro Jaurès)

DATES SUPPLEMENTAIRES : Samedi 12 juin à 20h, Dimanche 13 juin à 17h, Dimanche 13 juin à 20h, sur le Plateau Max Öphuls au Cours Florent, 44 Avenue Archereau 75019 Paris (métro Crimée).

Entrée libre – Places limitées Réservation indispensable au 01 40 40 04 44.

Spectacle monté en vue de la participation au Festival Istropolitana du 18 au 23 juin 2010 à Bratislava, Slovaquie.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

2 thoughts on “Avec « Jacques ou la soumission », les élèves du Cours Florent dépoussièrent Ionesco”

Commentaire(s)

  • Visiteur

    Superbe Pièce, mise en scène excellente … a recommander!!

    mai 12, 2010 at 12 h 16 min
  • ludovic

    tres bon spectacle,bel mise en scène, on sent un vrai group.
    bien joué

    mai 15, 2010 at 0 h 33 min

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