Théâtre
Audrey Bonnet, bouleversante Yerma de Garcia Lorca

Audrey Bonnet, bouleversante Yerma de Garcia Lorca

08 septembre 2014 | PAR Christophe Candoni

L’actrice volcanique de Clôture de l’amour embrase le chant douloureux et combatif de Yerma et domine de très haut le spectacle mis en scène par Daniel San Pedro repris au Théâtre 13 à Paris.

Comme acteur, Daniel San Pedro a joué sous la direction de Jean-Luc Revol, Philippe Calvario, Ladislas Chollat, Wajdi Mouawad et de Clément Hervieu-Léger dans une admirable Épreuve de Marivaux récemment présentée au TOP de Boulogne. Avec le pensionnaire de la Comédie-Française, ils ont créé la compagnie des Petits Champs dont ils partagent la direction artistique. Yerma de son compatriote Federico Garcia Lorca est sa première mise en scène qui, non dénuée de qualités, ne convainc pas vraiment.

Le spectacle restitue avec délicatesse et sensibilité les grands enjeux de la pièce tout en s’écartant heureusement des clichés faciles liés au cadre espagnol très prégnant chez le dramaturge. D’une façon édifiante, Daniel San Pedro et son équipe délaissent les rouges et jaunes vifs brûlants attendus au profit de demi-teintes gris-bleu qui confèrent à la représentation entre le clair et l’obscur une tonalité profondément mélancolique. Pourtant, des images fortes et moins lisses manquent nettement à ce travail certes soigné et élégant mais un peu fade. Car le texte appelle plus de chair, de violence.

Sur scène, l’environnement rural et étriqué des années 1930 prend vie dans toute sa dureté, sa sécheresse, son aridité. Dans ce monde d’hommes, ce sont les pères qui donnent leur époux aux jeunes filles. Yerma est unie au paysan Jean. Par malheur, ils ne peuvent pas avoir d’enfant. Yerma, c’est le désert jusque dans son propre nom, un corps infertile qui la rend coupable et maudite. Pendant que son mari taiseux s’occupe des terres et du bétail, elle attend et souffre le jour entier enfermée dans la maison, elle ressasse, elle se lamente, elle entend les pleurs étouffés d’un nourrisson qui ne sont que le fruit de son imagination frustrée. Audrey Bonnet fait merveille dans le rôle-titre. Irradiante, sauvage, intranquille, elle crie sa rage avec une force intarissable. Sa présence apporte beaucoup à la représentation. On dirait que tout ce qu’elle touche, elle en fait un or noir et précieux.

Mardi, jeudi et samedi à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30. Crédit photo © Brigitte Enguerand

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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