Théâtre
Au Vieux-Colombier, de plates Trahisons

Au Vieux-Colombier, de plates Trahisons

24 septembre 2014 | PAR Christophe Candoni

A force de langueur et dénué de mystère, le classique de Pinter qui ouvre la saison du Français au Vieux-Colombier dans une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia, tombe à plat.

Léonie Simaga, Denis Podalydès et Laurent Stocker forment un faux trio de vaudeville tombé malicieusement dans le thriller psychologique : Emma est mariée à Robert mais le trompe avec Jerry qui est son meilleur ami. L’intrigue serait à l’évidence bien ordinaire si Pinter ne s’amusait pas à déconstruire la trame conventionnelle d’une situation somme toute boulevardière au profit d’une étude comportementale intraitable sur les rapports hommes / femmes dans les relations de couple et d’amitié. La pièce qui suit une chronologie inversée se dispense de tout suspense adultérin. Elle commence  deux ans après la rupture consommée des illégitimes amants dans l’arrière-salle d’un café et se clôt sept ans plus tôt sur le premier baiser échangé dans l’obscurité d’une chambre à coucher lors d’une fête organisée au domicile des époux. Tout est déjà su donc mais n’est pas clair pour autant et l’intrigue remonte le temps à grands renforts de mensonges, de malentendus, de non-dits, d’ellipses, qui font varier ses versions. Qui trompe qui et est véritablement trompé ? s’interroge Pinter.

La mise en scène littérale que signe Frédéric Bélier-Garcia ne rend pas compte de toutes les énigmes que comporte le texte. Elle éteint le feu plutôt que de l’attiser. Frédéric Bélier-Garcia est sans conteste un metteur en scène de talent. Il sait électriser sans mal les comédies burlesques et grinçantes d’un Edward Albee ou d’un Hanoch Levin mais ne semble clairement pas trouver sa voie sur les chemins sinueux faits de silences troubles de Pinter.

Probablement mal dirigés, les acteurs donnent l’illusion d’être au cœur de l’écriture elliptique et allusive de Pinter en prenant des temps exagérément longs et en parlant bas, en ayant recourt à un « parler naturel » ou à une sensiblerie ou à une trivialité qui banalisent le contenu du propos. Tout en subtilité et non sans charme, Léonie Simaga est irrésistiblement belle et vive, Laurent Stocker à la fois nerveux et fragile, et Denis Podalydès, un poil plus démonstratif, fait un clown lunaire décalé et attachant mais n’est en rien terrifiant, surtout lorsqu’il singe une cantatrice d’opéra sur un air verdien et plonge la tête dans sa salade de melon au restaurant. Ils jouent platement les mots et les situations mais ne s’occupent pas de ce qui n’est pas dit et qui pourtant est le plus éloquent chez le dramaturge anglais. S’efface alors tout ce qui fait la particularité de son théâtre : le mystère, la menace, le doute, l’angoisse, le sarcasme, l’inquiétude. Il ne reste à la place qu’un théâtre chic et bourgeois (décor élégant et ingénieux, lumières et musiques soignées), celui que Pinter prétendait vouloir pulvériser.

(c) Cosimo Mirco Magliocca

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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