Théâtre
Au Théâtre de Belleville, les représentations de Hedda ont repris

Au Théâtre de Belleville, les représentations de Hedda ont repris

25 juin 2020 | PAR David Rofé-Sarfati

Il y avait, hier soir une atmosphère particulière entre printemps post-apocalypse, ouverture curieux de cadeaux de Noel abandonnés précipitamment sous le sapin et réunion occulte d’une secte d’amoureux de théâtre. Pour sa réouverture post-confinement, le Théâtre de Belleville frissonnait de toutes ces choses et donner Hedda, un seule en scène aussi émouvant que le moment.

Hedda Nussbaum est une femme américaine née en 1942 dont le nom fut rendu célèbre en 1987 suite à une affaire judiciaire où elle fut accusée par son mari d’avoir tué sa fille adoptive, Lisa Steinberg. Ses défenseurs furent nombreux à la présenter comme victime de violences physiques et psychologiques exercées sur elle par son mari Joël Steinberg. Elle a écrit un livre Surviving Intimate Terrorism, paru en 2005.  A partir de documentaires et d’écrits  Sigrid Carré-Lecoindre a voulu saisir ce parcours de femme ; elle a écrit une pièce intimiste et naturaliste non pas, à proprement parlé,  sur les violences faites aux femmes ; mais une performance scénique parcourant l’histoire unique et singulière d’une femme baignant dans un bien être conjugal presque banal et qui sera sidérée par le premier coup asséné par un mari fragilisé et disqualifié. Ce coup fera coupure ; il viendra déchirer le bonheur. Mais la déchirure n’entamera pas le quotidien. La peur s’installera.

La pièce détricote avec clairvoyance et application ce qui se joue lorsque cette peur s’infuse au sein d’un couple banal. Ce n’est pas la cause de la violence que nous découvrons par les mots, simples de Sigrid Carré Lecoindre ou par  le corps, vibrant de Lena Paugam (comédienne épatante, elle a su écrire une mise en scène efficace et invisible). Nous ne pouvons ni comprendre ni accuser, ni pardonner. La force de la pièce réside dans les silences et les vides. Nous ne voyons pas l’homme, ni l’enfant. Nous ne croisons qu’avec pudeur le regard de cette femme battue. Tout est entre les mots, entre les gestes. Dans le hic et nunc du spectacle vivant nous ressentons la peur principe actif de l’ensemble des événements terribles qui adviennent. Sans comprendre.

Nous voulions composer un spectacle sur la peur qui se vit dans le secret de l’intimité amoureuse. Nous le dédions à tous les êtres qui voient leurs souffrances tues, minimisées ou méprisées, à tous ceux qui croient le monde sourd à leur détresse,  explique la metteuse en scène. Le projet est atteint. Le corps de la comédienne traversé par les mots simples de l’auteure rend compte de l’horreur, de l’incomplétude des existences sans discours moral ou moralisateur. Ainsi le geste échappe au politiquement correct et avec la seule malice de l’authenticité nous laisse avec cette question impossible : comment  ces choses adviennent.

Une histoire d’amour comme il y en a tant, une histoire ordinaire  qu’il faut aller découvrir jusqu’au 5 juillet au Théâtre de Belleville. 

 

Durée 1H15.

 

Visuel : © Sylvain Bouttet

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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