Théâtre

Les Ateliers Berthier habités par « Les démons » de Sylvain Creuzevault au Festival d’Automne

Les Ateliers Berthier habités par « Les démons » de Sylvain Creuzevault au Festival d’Automne

02 octobre 2018 | PAR Lisa Bourzeix

Dans le cadre du Festival d’Automne 2018 à Paris Sylvain Creuzevault présentait sa création « Les démons », pièce librement inspiré du roman de Fedor Dostoïevski. Une pièce éminemment politique et philosophique et une scénographie monumentale.

Dimanche aux Ateliers Berthier, une coupe de champagne en guise de bienvenue, un plateau immense. L’immersion dans le club de Stépan Trophimovitch est totale et directe. C’est l’univers dans lequel est plongé le spectateur dès son entrée dans la salle.

Une fiche « anti-panique » est distribuée et on comprend très vite pourquoi. Le roman de Dostoïevski est en effet labyrinthique et peu rapidement déclencher une petite crise d’angoisse à la lecture de l’intrigue. La première partie raconte le retour de Nicolaï Stavroguine autour duquel planent de nombreux mystères et dont les années de débauche à Saint-Pétersbourg semblent avoir été remplies d’événements décisifs dans sa vie. Il revient marié avec une jeune femme handicapée et folle. Les réflexions présentes dans ce premier volet sont autant de pierres posées pour construire le squelette de l’edifice de la réflexion philosophique et politique présente dans l’œuvre.

Les deux dernières heures débutent par un changement d’époque. Le club mondain s’est transformé en association anarchiste révoltée contre le pouvoir en place. Stravroguine est maintenant l’invité d’honneur et Stépan apparait toujours comme un maître à penser même si Chatov et Priotr ( qui est son fils ), de manière différentes, s’affirment en opposition avec son postulat. Cette carte de la Russie qui brûle morceaux par morceaux et dont les cendres recouvrent petit à petit le sol est une allégorie des rues qui brûlent et de la colère qui grandit dans le pays. Cette deuxième partie, bien plus sombre, sanguinolente, enveloppée dans les fumigènes, se ponctue par le suicide de Nikolaï Stavroguine. Cette mort est loin d’être isolée puisqu’elle ponctue un cycle de meurtres et de suicides…

Les comédiens ( et notamment Valérie Dréville et Nicolas Bouchaud ) et la scénographie forment ensemble une machine de taille qui porte à bout de bras l’oeuvre de l’auteur russe pendant quatre heures. Parfois leur talent ne suffit plus et la complexité du texte et des intrigues qui s’entremêlent créent des longueurs qui mènent à la perte de concentration des spectateurs. La diversité des personnalités et des points de vue crée une difficulté par moments à tenir le fil même si celui-ci a été tendu petit à petit depuis le début de la pièce. Les changements d’espaces sont plus facile à suivre grâce à un mécanisme sans faille qui fonctionne du début à la fin. C’est une entreprise ambitieuse dans laquelle s’est lancé Sylvain Creuzevault et le résultat certes imparfait permet malgré tout de s’imprégner des réflexions induites par l’oeuvre.

Visuels :Les Démons © DR Compagnie

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Lisa Bourzeix

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