Théâtre

« Arthur à vendre », la vie de Rimbaud dispersée en objets [FMTM 2017 OFF]

« Arthur à vendre », la vie de Rimbaud dispersée en objets [FMTM 2017 OFF]

24 septembre 2017 | PAR Mathieu Dochtermann

Rimbaud est à vendre: c’est un trésor, une fierté, un morceau de patrimoine qui appartient à tout le monde… mais on peut toujours vendre ses effets personnels à de riches collectionneurs! Arthur à vendre, c’est un spectacle de théâtre de comédiens et d’objets intelligent, drôle et grinçant, servi avec une énergie communicative par la compagnie Les enfants sauvages. Réjouissant, pas prétentieux, parfois tendre ou poétique, malgré tout informatif, encore une perle du Bateau des Fous…

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Les carolomacériens le savent bien: Rimbaud se vend bien, à la criée, à la bougie ou aux enchères, et il constitue un fond de commerce rentable en même temps qu’une fierté locale.

Arthur à vendre, donc. Un spectacle qui se commence et se termine par une grande braderie… où les objets, entretemps, se transforment en personnages de théâtre, grâce aux manipulations qui les investissent des rôles principaux dans la vie de Rimbaud: sa famille, évidemment, et Verlaine, certainement incontournable, ainsi que le professeur de rhétorique qui l’initia à la poésie et à la littérature, en passant par ses amis d’enfance…

Le spectacle est, du coup, plutôt linéaire et narratif, ce qui n’est d’ailleurs pas nécessairement une mauvaise chose, mais cela ne l’empêche pas d’être pétri d’intelligence. Notamment, il faut saluer l’absence de vers rimbaldiens, trop convenus, au profit d’une prose bien plus rare et bien plus intéressante. De même, le lien entre la vente aux enchères et l’histoire d’Arthur n’est pas explicité, ce qui laisse au public une ou deux choses à mouliner. Notable, aussi, l’utilisation d’extraits des archives judiciaires du procès de Verlaine en Belgique, proprement hallucinants: hilarants dans leur excès et tels qu’ils sont joués, ils ont de quoi glacer les sangs si on s’arrête pour y réfléchir.

Le spectacle démarre sur un rythme un peu lent, et les interprètes donnent l’impression d’avoir un tout petit peu de mal à entrer dans leurs personnages, qui, il est vrai, se succèdent à intervalles assez brefs. Le premier coup de fouet provient du… mariage (et de la nuit de noces) des parents d’Arthur, et le spectacle trouve ensuite sa dynamique, alternant entre narration, jeu de comédien et théâtre d’objets, avec une lisibilité impeccable et une grande fluidité entre les techniques. La manipulation se fait la plupart du temps sans réel investissement de l’objet, mais cela n’est pas gênant dans la mesure où l’incarnation par le jeu de comédien est juste et convaincante.

Globalement, c’est drôle tout en étant assez informatif, c’est malin et (finalement) enlevé. On regrettera peut-être un peu que le spectacle n’aille pas développer la vie de Rimbaud hors des sentiers balisés par les profs de français au collège: la vie d’homme adulte, l’aventurier africain guère moins torturé que le poète adolescent, même s’il a laissé moins de traces dans la littérature.

Très recommandable, la générosité des interprètes, qui mouillent littéralement la chemise, garantit que le produit donnera toute satisfaction. Quand la poésie se téléscope avec le théâtre, il ne faut pas bouder son plaisir!

Joue encore dimanche 24 à 14h30 et 16h au Bateau des Fous.

 

Texte et mise en scène : Julie Linquette et Alan Payon
Avec Julie Linquette et Alan Payon
Une production : StultiferaNavis et Les enfants sauvages.
Coproduction : Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, Biennale Internationale de Poésie Les ailleurs (Charleville-Mézières). Le projet est soutenu par le Théâtre Aux Mains Nues (Paris).

La playlist de la semaine, 24 septembre 2017
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Mathieu Dochtermann
Passionné de spectacle vivant, sous toutes ses formes, des théâtres de marionnettes en particulier, du cirque et des arts de la rue également, et du théâtre de comédiens encore, malgré tout. Pratique le clown, un peu, le conte, encore plus, le théâtre, toujours, le rire, souvent. Critère central d'un bon spectacle: celui qui émeut, qui touche la chose sensible au fond de la poitrine. Le reste, c'est du bavardage. Facebook: https://www.facebook.com/matdochtermann

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