Théâtre

Arnaud Denis joue et met en scène « Ce qui arrive et ce qu’on attend » de Jean-Marie Besset

20 septembre 2010 | PAR Christophe Candoni

Jusqu’au 31 octobre, au Vingtième Théâtre, l’acteur Arnaud Denis aborde les aspirations contrariées de jeunes gens en quête d’idéal dans « Ce qui arrive et ce qu’on attend », une pièce de jeunesse de Jean-Marie Besset. Sa mise en scène comme l’interprétation des comédiens qui l’entourent (Adrien Melin, Blanche Leleu, Jonathan Max-Bernard…) est sensible, drôle, d’une grande justesse.

Ecrite et montée pour la première fois dans les années 90, « Ce qui arrive et ce qu’on attend » est une des toutes premières pièces de Jean-Marie Besset et contient déjà les thèmes récurrents de son œuvre prolifique, à savoir l’exploration du désir, la complexité et le déni des sentiments, les jeux du pouvoir et de la séduction… Arnaud Denis, jeune acteur de 27 ans, s’est vite fait remarquer en montant Voltaire (adaptation de l’Ingénu au théâtre) et surtout Molière, il a remporté un énorme succès dans « les Fourberies de Scapin » puis, a mis en scène son professeur Jean-Laurent Cochet dans « Les Femmes savantes ». Il réalise un virage réussi vers le théâtre contemporain et monte pour la première fois un auteur vivant. De la pièce de Besset, il parvient avec sobriété, justesse et ce qu’il faut d’empathie à mettre en valeur la vulnérabilité des personnages et les relations troubles et tendues qu’ils entretiennent.

L’auteur propose une galerie de personnages aux destins croisés, en prise avec leur part d’ombre. Tous sont en quête de bonheur et de réussite sociale ou sentimentale mais vouloir la lune c’est demander l’impossible. Le chemin qu’ils suivent est sinueux et semé d’embuches. L’attente les met face à eux-mêmes et fait tomber les illusions. Adrien Melin joue Philippe avec délicatesse et retenue, un architecte qui concourt à un projet exceptionnel : devenir l’inventeur du premier monument sur la lune. On le découvre plein d’angoisse et de susceptibilité dès la première scène, il attend son passage dans l’antichambre d’une salle de réunion où une commission ministérielle examine les dossiers et doit choisir le gagnant. Sa petite amie Natalie (Blanche Leleu, pleine de charme) vient le soutenir mais ça ne va plus très bien entre eux. Ils ont essayé de partir vivre en Afrique noire mais la fuite n’a pas effacé leurs problèmes de couple.

La pièce décrit les ambitions de chacun, les rivalités, les affrontements. Elle semble raconter le déroulement d’une vie professionnelle prometteuse d’êtres qui se camouflent derrière ; c’est d’ailleurs l’occasion pour l’auteur de s’amuser avec les lourdeurs de l’administration, la corruption et tout ce qui est lié aux hautes sphères. Virginie Pradal, qui est passée avec aisance des planches de la Comédie-Française au boulevard (parfois le pire), campe Louise Erkanter, une femme de pouvoir, à la réputation sulfureuse, mangeuse d’hommes, notamment de Robert Lebret (Jean-Pierre Leroux joue cet autre candidat au concours, plus mûr, avec une franche humeur, le genre d’homme à qui on en raconte pas). Coupée au carré noir à la Chantal Thomas, perchée sur ses hauts talons, dans des tenues exubérantes, l’actrice est géniale. Mais tout cela est un prétexte pour fendre l’armure sociale et entrer en fait dans l’intimité enfouie, non révélée des personnages : la crise du couple, l’instabilité des sentiments non assumés et le désir homosexuel refoulé.

Philippe retrouve Jason, un ancien camarade de classe, jeune et malade, il va mourir. Jonathan Max-Bernard est ce personnage sombre et écorché. Comme dans Perthus (notre critique ici), Besset explore avec subtilité la naissance du désir adolescent qui refait surface. Le colocataire et petit ami de Jason est Nils. Arnaud Denis joue excellemment le personnage. Il est une sorte de Don juan qui paraît très sûr de lui pour mieux cacher ses failles, un dandy désinvolte et oisif, très chic dans son costume trois pièces ou négligé dans un vieux peignoir, il séduit. Sans morale, il manipule avec des procédés machiavéliques, mène son petit jeu cruel et habile, ce qui n’est pas sans conséquences. Si les rencontres sont fortuites, l’impact est irrémédiable. Les couples se font et défont au fur et à mesure de rebondissements bouleversants.

Ce qui arrive et ce qu’on attend, jusqu’au 31 octobre. Du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h. Au Vingtième Théâtre, 7 rue des plâtrières, 20 arr. M°Ménilmontant ou Gambetta. 01 43 66 01 13.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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