Théâtre

Ariane Mnouchkine fait naviguer la nostalgie à bord du Fol Espoir

14 mars 2010 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après un an de création monumentale au Théâtre du Soleil , « Les naufragés du Fol Espoir » se sont échoués dans une Cartoucherie totalement relookée pour cette création collective « mi-écrite par Hélène Cixous , librement inspirée d’un mystérieux roman posthume de Jules Verne » . Un voyage dépaysant aux origines du XXe siècle, à découvrir au moins jusqu’à fin juin.

 Le spectacle avant le spectacle

La façade du théâtre a changé, sur le fronton est inscrit « au Fol Espoir » et de chaque côté de la grande porte en bois «entreprise de Noces, Banquet » « Salle de Théâtre, concert, cinématographe ».

 On croise la dame Ariane, l’air un peu survoltée à moins d’une heure du début du spectacle, il faut dire que l’agitation est digne de la plus grande brasserie parisienne , mais dans les premiers jours de 1900.

Le hall est ainsi transformé en restaurant entièrement repeint par les comédiens et les équipes du théâtre du Soleil , murs à la Jules Verne, affiches de cinéma muet, et surtout, un bar derrière lequel les comédiens, toujours, en costume de serveurs proposent au public les plats à la carte à déguster autour des tables à nappes blanches. Mais il est déjà temps d’entrer dans la salle pour 4 heures de grand spectacle, qui, comme lors du dernier chef-d’œuvre de la compagnie, « Les Ephémères », est porté par une trentaine de comédiens infatigables.

La mise en abyme de l’histoire

 L’histoire débute de nos jours, dans un vieux grenier où une doctorante cherche des films pédagogiques datant du 1er quart du XXe siècle, appartenant à son grand-père. Un peu trop vite, la mise en scène nous emmène au Fol Espoir au début 1914, une guinguette des bords de Marne. Belle époque que celle de l’invention du cinématographe , dont Felix, le patron de l’établissement raffole tellement qu’il décide de prêter son grenier à son ami Jean Lapalete, fraichement viré de chez Pathé à cause de ses opinions socialistes… accompagné de sa sœur Gabrielle qui « tourne la manivelle » il recrute toute l’équipe du Fol Espoir pour jouer dans le film.


Dans ce magnifique spectacle complètement démesuré vous assisterez donc à un vrai tournage de film dans une vraie pièce de théâtre. Les deux histoires, celle du film et l’histoire du tournage à la veille de la 1ere Guerre se répondent sans cesse. Le film raconte l’épopée de migrants en route pour l’Australie, décidés à construire une société égalitaire échouant au Cap Horn suite au Naufrage de leur bateau nommé…le Fol Espoir ! Tandis que, la petite serveuse du restaurant fait remonter dans le grenier de la guinguette les nouvelles noires d’Europe.
Dans le grenier du Fol Espoir, nous sommes en 1914, ce sera donc un film…muet. Ce tour de main fantastique du côté de la mise en scène permet de nombreuses scènes burlesques hilarantes où les acteurs de cinéma font bouger leur lèvres sans le son sous la musique du compagnon à la longue barbe, Jean-Jacques Lemêtre au milieu de sa caverne à instruments.

Une mise en scène magistrale

Mise en scène grandiose qui laisse bouche bée quand un comédien tire un fil pour faire s’envoler un manteau au vent, quand les mêmes comédiens balancent de la fausse neige pour faire croire au blizzard, quand un bateau monumental en carton vient s’échouer sur la banquise en dizaine de couvertures et polystyrène. La mise en scène met en jeu « la coopérative » et « la fraternité » dont parle Jean au début du spectacle puisque les comédiens ne cessent jamais le mouvement dans une frénésie certaine, provoquant l’émerveillement devant toutes les ficelles des premières heures du cinéma qui nous sont offertes…Sur le plateau !

Si l’ on peut regretter la fin abrupte de cette pièce fleuve qui aurait mérité quelques allègements, on est heureux de l’énergie déployée du Soleil, qui fait rayonner comme toujours le gout de la résistance, du travail et de l’humilité. Lorsque Jean demande à ses acteurs de nettoyer le plateau et de ne pas gaspiller la fausse neige qui coûte cher, on se surprend à croire entendre Ariane Mnouchkine elle-même dans ce grenier plein d’illusion.

La troupe du soleil déploie des montagnes d’énergie et d’inventivité pour jeter un regard tendre sur une époque révolue dans un spectacle époustouflant qui pousse encore plus loin les limites du théâtre.

Infos pratiques: .

« Les Naufragés du Fol Espoir » (« Aurores »). Création collective d’après Jules Verne, sous la direction d’Ariane Mnouchkine. Théâtre du Soleil, Cartoucherie de Vincennes, Paris-12e. M° Château-de-Vincennes, puis navette. Tél. : 01-43-74-24-08. De 14 € à 25 €. Mercredi, jeudi et vendredi, à 19 h 30 ; samedi à 14 heures et 20 heures ; dimanche à 13 heures. Durée : 3 h 50. Sur le Web : www.theatre-du-soleil.fr.

 Restauration ouverte et conseillée une heure avant le début du spectacle

 Crédit photos -Michelle Laurent

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

4 thoughts on “Ariane Mnouchkine fait naviguer la nostalgie à bord du Fol Espoir”

Commentaire(s)

  • Cathy

    C’est vrai que c’est complétement dingue ce spectacle ! Surtout le soucis que chacun porte à sa tâche durant une prouesse de 4h ! Courez y !

    mars 15, 2010 at 9 h 55 min
  • il ne m’en faut pas plus pour aller prendre mes billets!

    mars 15, 2010 at 11 h 50 min

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