Théâtre

« Après la fin », l’apocalypse selon Dennis Kelly au TNP Villeurbanne

« Après la fin », l’apocalypse selon Dennis Kelly au TNP Villeurbanne

05 février 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

Au Théâtre National Populaire de Villeurbanne, Baptiste Guiton se confronte au texte épineux de Dennis Kelly Après la fin et offre à sa complice Tiphiane Rabaud Fournier et à Thomas Rortais deux rôles complexes et édifiants.

 

 

 

Né en 1970 ans dans la banlieue de Londres Dennis Kelly est connu en France principalement par l’Abattage rituel de Gorge MastromasLove and Money ou Débris. Dans les années 80, il participe à l’émergence d’un genre théâtral dit Verbatim un théâtre documentaire inscrit dans l’actuel et au projet didactique.  Après la fin a cette saveur de rendre compte avec justesse de notre époque parfois même de façon prémonitoire  tout en  s’enfonçant dans des questions plus intimes.  

Louise reprend conscience après une explosion nucléaire. Mark l’a sauvée en la transportant dans un abri souterrain. Les deux amis isolés de cette fin de monde que nous imaginons hors champ ne comptent que sur les ressources de quelques jours. Entre eux va se jouer jusqu’à l’imprévisible dénouement -le renversement de la fin est sensationnel- l’histoire d’un enfermement physique mais aussi psychique où la précarité de la situation renvoie à l’urgence des décisions à prendre.

Noir total, un cœur bat, une musique vrombit; dans le premier jet de lumière un homme descend une échelle de bastingage une femme endormie sur son épaule. À son réveil il lui racontera la catastrophe, celle d’un méga attentat islamiste à la bombe. Nos peurs intimes sont immédiatement  convoquées. Deux lits, une table triste et une cantine militaire comme garde-manger. Le décor sans génie mais efficace est classiquement contemporain. Sauf cette cantine garde-manger étrangement petite. Sauf ce couteau de chasse  qui apparaîtra dans une promesse funeste non tenue.  La femme ne ressent rien. L’exiguïté de l’abri et l’isolement absolu anesthésient ses sens. L’homme est agité; ajoutant la gaucherie à sa timidité, il est drôle, cependant qu’inquiétant. Le public pressent la menace à venir par des rires ambigus.  Le suspens est captivant. Ca fonctionne.

Nous refusons ici de spoiler l’intrigue. Écrivons toutefois que la force de la pièce réside dans cette expérience d’isolement radical qui autorise un fin détricotage  des psychés. La proximité contrainte et l’extérieur apocalyptique nous plongent dans nos propres peurs tandis que se dévoilent deux inconscients désormais à ciel ouvert que rien ne devait conjuguer. Le challenge était immense pour les acteurs. Tiphiane Rabaud Fournier et Thomas Rortais sont merveilleux de justesse. Ils reproduisent l’évolution des personnages sans jamais abandonner le faux semblant indispensable à leur survie, et à nos interrogations dans l’après-coup de la pièce! Qui est Louise, cette femme au désir qui flanche parfois?  Et qui est Mark, un idiot ou un chameau rêvant d’être grondé et puni?   

Baptiste Guillon embrasse ici le texte à tiroir de Dennis Kelly; il nous ouvre à réflexion sur la politique, sur le vivre ensemble et sur, à l’horizon, l’amour et sa demande. 

Une création en résidence qui mérite le bel accueil fait par le public de la grande salle Jean-Vilar du TNP.

 

Après la fin de Dennis Kelly

Mise en scène Baptiste Guiton

Traduit par Pearl Manifold et Olivier Werner
avec Tiphaine Rabaud Fournier et Thomas Rortais
scénographie et accessoires Quentin Lugnier
lumières Julien Louis grand
costumes et accessoires Aude Desigaux
création sonore Sébastien Quencez
Durée : 1h20 environ

TNP Villeurbanne
29 janvier – 21 février 2019

 

Photos copyright Michel Cavalca

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David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

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