Théâtre

Antigone au théâtre permanent fait vibrer notre sens de la communauté

13 septembre 2009 | PAR Audrey Saoli

La pièce se passe au bout d’une petite rue d’Aubervilliers. Un panneau en carton annonce  « théâtre permanent ». Le projet de Gwenaël Morin, le metteur en scène, consiste à prendre possession des laboratoires d’Aubervilliers pendant un an et à y jouer six classiques différents gratuitement.

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Cette ancienne industrie ne s’arrête jamais de vivre, les membres de la troupe se relèguent l’occupation du lieu à tour de rôle: Le matin, des ateliers de transmission sont proposés par les acteurs, l’ après midi, les comédiens et le metteur en scène répètent pour le prochain spectacle (Hamlet) et le soir, à 20h, il y a le spectacle gratuit. Ici les gens se parlent, les échangent existent, les artistes ne se cachent pas dans des loges, ils boivent un coup ou fume une cigarette avec les premiers arrivés. Cet endroit réchauffe et, en comparaison, rend les autres théâtres glaciaux.

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Après que Gwenaël Morin a annoncé le début de la pièce et proposé aux spectateurs d’aller s’asseoir, Antigone commence à l’extérieur des laboratoires d’Aubervilliers. Les gradins sur lesquels le public s’assoit n’ont pas de séparation. Il se sent, encore une fois, très proches de ses voisins.

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L’espace scénique est disposé en trois parties qui se rencontrent mais qui restent séparées les une des autres. Il y a une simplicité est une force dans cette scénographie très caractéristique du travail de Gwenael Morin. La mise en scène est très corporelle. Les chocs ne manquent pas, la diction est hachée, le spectateur a en face de lui des corps qui se heurtent, les comédiens jouent de manière très physique et chutent beaucoup.

Il n’y a pas de possibilité de fuite face à ce destin que l’on voit s’abattre sur cette famille royale dans laquelle Antigone se fait tuer pour avoir enterré son frère Polynice contre l’avis du roi Créon.

La très bonne idée de mise en scène de Gwenaël Morin est de faire jouer le chœur par des habitants d’Aubervilliers ayant participé aux ateliers de transmissions. Il va diriger ces novices comme un chef d’orchestre, le rythme est accentué par des percussions.

La force de cette simplicité va également très bien à cette tragédie antique. Ainsi nous sommes très proches du sacré quand la terre du dehors se mélange à de l’eau et finalement au feu pour symboliser les dernier sacrement d’un mort. Ce minimalisme est d’une précision parfaite.

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L’autre très bonne idée de cette mise en scène est la comparaison des violences meurtrières passées avec nos violences actuelles.Des photos de massacres actuelles sont passés au spectateur dans les gradins pendant le spectacle. Au sol sont semés des treillits militaire,nous rappelons nos guerres contemporaines, que le public peut enfiler si il a trop froid.

Antigone Jusqu’au 24 septembre viendront ensuite Hamlet en octobre et novembre et Woyzeck en décembre, aux laboratoire d’Aubervilliers, 41 rue Lécuyer 93300 Aubervilliers, M° Aubervilliers, Pantin,Quatre chemins, entrée gratuite

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Audrey Saoli

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Commentaire(s)

  • Comment créer de l’espace et du temps publics ?
    Rencontre avec Gwénaël Morin et l’équipe du Théâtre Permanent

    Depuis le 1er janvier et jusqu’au 31 décembre 2009, Gwénaël Morin, metteur en scène, investit les Laboratoires d’Aubervilliers, pour mettre en œuvre le Théâtre Permanent, avec Julian Eggerickx, Barbara Jung et Grégoire Monsaingeon. « Il s’agit de développer un outil artistique d’affirmation et d’intensification du théâtre : une proposition fondée sur une urgence et une énergie qui en font une expérience politique aussi bien du point de vue de la création et du collectif que de la volonté d’expérimenter et d’inventer des rapports nouveaux à un lieu, un environnement et un public. Le projet du Théâtre Permanent s’articule autour de 3 lignes de travail : jouer tous les soirs, répéter tous les jours, transmettre en continu. » A l’heure où l’idée de théâtre public semble fragilisée, ce projet fou devenu utopie concrète nous permettra, en étudiant la manière dont se fabrique le « Théâtre Permanent », de poser cette question fondamentale : comment créer de l’espace et du temps publics ?

    VENDREDI 27 NOVEMBRE 2009, entre 19h01 et 21h01 à LA SORBONNE (17 rue de la Sorbonne, amphi Richelieu, Métro Saint-Michel ou Cluny-La Sorbonne ou RER Luxembourg).
    Entrée libre après inscription : http://art-espace-public.c.la

    Rencontre-débat proposée par le Master Projets Culturels dans l’Espace Public (université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), animée par les étudiants, sous la houlette de Pascal Le Brun-Cordier, directeur du Master, professeur associé. Le Master organise tout au long de l’année des rencontres avec des artistes œuvrant dans/avec l’espace public, notamment le cycle art [espace] public (janvier-février-mars 2010), en partenariat avec Stradda, le magazine de la création hors les murs. Pour être informé, inscrivez-vous à la Newsletter du Master : http://art-espace-public.c.la

    EN FAISANT DU THEATRE TOUS LES JOURS, PENDANT UN AN, AVEC UNE MEME EQUIPE, AU MEME ENDROIT ET UTILISANT LES TEXTES DE THEATRE PARMIS LES CHEFS D’ŒUVRES LES PLUS CONNUS DU DOMAINE PUBLIC, (LORENZACCIO, TARTUFFE, HAMLET, BERENICE, ANTIGONE, WOYZECK)
    JE VEUX FAIRE L’EXPERIENCE DE CE QUE LE THEATRE PEUT TRANSFORMER DANS LA VIE QUOTIDIENNE D’UN QUARTIER.
    JE VEUX LE FAIRE A PARTIR D’UN POINT.
    JE VEUX CREER UN POINT.
    JE VEUX AFFIRMER DANS LA VILLE UN POINT D’ENGAGEMENT, UN POINT D’ENERGIE ET UN POINT DE SENS.
    JE VEUX AUSSI FAIRE OEUVRE DE COURAGE ET, AVEC LE TEMPS, PAR TENACITE, INSISTANCE, RESISTANCE, CREER DE L’ESPACE ET DU TEMPS PUBLIC.
    Gwénaël Morin, Note d’intention du Théâtre Permanent

    LE THEATRE EST VIVANT
    LE THEATRE DOIT ETRE FAIT
    LE THEATRE N’EST PAS UN HERITAGE DU PASSE
    LE THEATRE N’EST PAS UNE FLAMME VACILLANTE QUE NOUS DEVONS PRESERVER
    LE THEATRE N’EST PAS MORT
    LE THEATRE DOIT SE PRODUIRE
    LE THEATRE DOIT ETRE REALISE
    LE THEATRE EST UNE UTOPIE QUE L’ON PEUT ATTEINDRE
    J’AIME LE THEATRE
    Gwénaël Morin, extrait du Discours de Turin

    Pour en savoir plus : http://www.leslaboratoires.org/content/view/359/lang,fr

    novembre 22, 2009 at 1 h 46 min

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