Théâtre
[Critique] « Annabelle M. – Une histoire sans faim »

[Critique] « Annabelle M. – Une histoire sans faim »

13 janvier 2015 | PAR Matthias Turcaud

 Si Annabelle M – Une histoire sans faim reste une pièce assez quelconque et au moralisme plutôt regrettable sur le problème bien connu de l’anorexie, on salue tout de même la prestation de Sandie Masson dans un quadruple rôle ainsi que des choix de mise en scène aussi sobres que prégnants.

[rating=2]

Hier Annabelle avait un rapport perturbé, inquiet et psychotique à la nourriture, mais aujourd’hui elle trône épanouie dans un restaurant qui propose aussi à manger pour le cerveau – des livres. Elle nous exhorte à profiter de la vie sans plus atteindre, du goût des bonnes choses comme du bruit que fait la pluie, lance-t-elle dans un amalgame un peu simpliste en entrée de jeu.

Suite à cette ouverture, la pièce propose un retour en arrière qui saisit Annabelle en plein coeur de sa crise, les angoisses de sa mère, l’enquête d’une policière suite à sa « disparition », le tout assuré par une Sandie Masson qui témoigne de tout son professionnalisme en parvenant à la faveur d’infimes changements – déplacements, lumières, ajout d’un accessoire (le chapeau pour la policière), légères inflexions de voix -, à se glisser avec aisance dans la peau de ces personnages respectifs.

 Le parti-pris du seul en scène s’avère concluant, comme il met bien en valeur l’extrême solitude du personnage d’Annabelle M., dont ironiquement les meilleurs amis s’avèrent être personne d’autre qu’un miroir et une balance ; notamment dans la confrontation avec son petit ami dans un restaurant où ils fêtent officiellement les deux ans de leur couple. Le spectateur n’entendant pas les répliques dudit petit ami, il a comme l’impression qu’Annabelle dialogue avec elle-même, et soliloque.

On salue également la justesse de la mise en scène d’Agnès Boury, ainsi que la scénographie de Philippe Quillet qui va à l’essentiel – un énorme frigidaire ne contenant rien de substantiel mais seulement des articles pour maigrir à jardin, un micro-onde à cour, et une table entre les deux -, mais c’est surtout l’énergie et l’investissement de la comédienne seule en scène qui permet de compenser relativement un texte malheureusement fade et sans éclat.

Annabelle M – Une histoire sans faim, texte de Sandie Masson et Fred Nony, mise en scène d’Agnès Boury, avec Sandie Masson. Au Théâtre de la Boussole, 29 rue de Dunkerque (10ème), à 21h jusqu’au 24 février. En janvier les mercredis et jeudis, en février les lundis et mardis. 

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Matthias Turcaud
Titulaire d'une licence en cinéma, d'une autre en lettres modernes ainsi que d'un Master I en littérature allemande, Matthias, bilingue franco-allemand, est actuellement en Master de Littérature française à Strasbourg. Egalement comédien, traducteur ou encore animateur fougueux de blind tests, il court plusieurs lièvres à la fois. Sur Toute La Culture, il écrit, depuis janvier 2015, principalement en cinéma, théâtre, ponctuellement sur des restaurants, etc. Contact : [email protected]

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