Théâtre

Algérie si loin si proche

11 décembre 2009 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Fabian Chappuis met en scène jusqu’au 16 janvier « à mon âge je me cache encore pour fumer » de Rayhana à la Maison des Métallos.

Grand plateau, belle lumière travaillée en vidéo par Bastien Capela, et quelques éléments d’un grand Hammam, dalle, seaux, savons, le décor est tellement posé qu’on y sent les odeurs de savon noir et la chaleur de la vapeur. Seule, Fatima (Marie Augereau), se lave, longuement, de façon millénaire, elle est la masseuse en chef de ce Hammam dans lequel nous verrons 9 femmes, venues là pour se livrer, s’ouvrir et se cacher. A l’extérieur la rumeur monte en même temps que les fondamentalistes, les « barbus » comme les nomme Fatima veulent la mort de l’enfant que Myriam s’apprête à mettre en monde, enfant illégitime dont on raconte « qu’elle l’a attrapé en s’asseyant dans le coin des hommes »…

(c) Bastien Capela
(c) Bastien Capela

A travers les destins de ces 9 femmes, Rayhana dresse un portrait culturel et politique de l’Algérie, où, au pays du miel, être trop mince condamne Samia, la comédienne époustouflante de rire Linda Chaïb à finir vielle fille, Louisa ( Catherine Giron) est stérile dans un pays où la maternité est un culte, Nadia ( Rébecca Finet) est divorcée dans un pays où le mariage est posé comme le but d’une vie, et où une jeune femme Zaya ( Géraldine Azouélos ) choisit de  se voiler intégralement pour protéger ses enfants. Il y a aussi Aicha, mariée à 10 ans et heureuse d’avoir été infidèle.

Si les sujets sont graves, la pièce est rythmée par de nombreux moments hilarants et sensibles. Rayhana glisse de l’espoir tout le long de son spectacle que ce soit dans la figure du mari aimant de Louisa ni misogyne, ni extrémiste ou encore dans la vie d’Aïcha qui malgré un mariage forcé a réussi à s’échapper en secret, évitant ainsi une pièce stéréotypée sur un pays où toutes les femmes n’auraient la parole qu’au Hammam.

(c) Bastien Capela
(c) Bastien Capela

En revanche, la pièce glisse en longueur et souffre de quelques clichés orientalistes, la scène dansée semble posée là par hasard, proposant un amalgame Algérie/danse des foulards obligatoire. L’ensemble demeure un moment drôle, sensible et juste sur ce pays que Rayhana décrit si intimement lié à la France..

Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud – 11e- M Parmentier- du 8 au 19 décembre et du 5 au 16 janvier,du mardi au vendredi à 20h30, les samedis à 16h et 20h30-01 47 00 25 20-13 euros

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

5 thoughts on “Algérie si loin si proche”

Commentaire(s)

  • Je n’avais pas compris, au moment où j’ai écrit cette critique, à quel point l’auteure était en danger en osant denoncer ce qui me semblait normal de dénoncer. Mes pensées vont à l’auteure, qu’elle se sente épaulée par l’ensemble de notre rédaction.

    janvier 14, 2010 at 18 h 34 min
  • Ariane

    Amélie, J’ai vu cette pièce époustouflante à Beyrouth (où elle a eu un écho particulier) et je relis avec plaisir ta critique! Merci

    juin 9, 2011 at 12 h 55 min

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