Théâtre
Alerte Rouge au théâtre de la Bastille

Alerte Rouge au théâtre de la Bastille

06 mai 2011 | PAR Amelie Blaustein Niddam

« Au fond je fais juste de l’art » affirme la performeuse Julie André T. Cette québécoise vivant dans la forêt à l’habitude des grands milieux urbains. Elle présente Rouge à Paris, au Théâtre de la Bastille, spectacle repéré au festival d’Avignon 2010. Une pièce conçue comme une toile de peinture ayant pour fil conducteur l’obsession.

Sur les murs noirs de l’ancien cinéma, des toiles en papier blanc sont tendues, au vu du titre « rouge » et du style un peu trop sage de Julie André T, tee-shirt bien élevé et jupe anti-sexy, on se doute bien que la couleur va jaillir. Doit-on y voir une référence implicite à L’oignon de Marina Abramovic lorsque la jeune femme engloutit un poivron évidement rouge tapissant son petit haut de rose framboise. L’acte marque le début d’une construction picturale où l’artiste disperse sur la scène des objets toujours rouges en martelant une question sur le ton de la joie ou de l’énervement, avec une voix allant du très grave au suraigüe, « What color is this? » et d’y répondre, « It is red ».

La première partie du spectacle réside dans une élaboration de l’espace, les mutations de la voix et la surprise de découvrir de nouveaux objets provoquent le rire et l’étonnement. Une fois le tout installé, la performeuse tente d’engager le corps dans sa proposition. La symbolique du sang devient essentielle, elle l’illustre par un travail sur les fluides. Elle bave rouge, simule des règles rouges. Nous sommes loin du mouvement actionniste dont fait partie Jan Fabre. Julie André T reste dans le champ d’un spectacle théâtral glissant vers la performance. Elle s’amuse alors avec les situations en imaginant de faux dialogues où, les mots étant toujours les mêmes, seule son attitude fait passer ses émotions et ses volontés.

Son travail sur l’obsession offre des moments de talent pur et des images que l’on souhaiterait garder intactes, mais la pièce manque de force. On se perd rapidement et l’ennui grimpe dans cette œuvre pourtant brève. A l’image du fatras foutraque qui lui sert de décor, Julie André T mixe un peu trop tout au rouge, la place des femmes dans des bars à strip-tease, le porno ou le massacre des Indiens, tout y passe sous couvert que le rouge est la couleur symbolique par excellence. Celle du sang donc de la vie et de la mort. La fin déçoit, un peu facile, d’une autre couleur possible. On s’y attend.

© : Guy Lheureux.

Infos pratiques

Nivea : 100 ans et pas une ride
Piratage du Playstation Network, Sony cherche les coupables
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture