Théâtre

Ahmed El Attar décrypte les « Mama » égyptiennes au Festival d’automne

Ahmed El Attar décrypte les « Mama » égyptiennes au Festival d’automne

12 octobre 2018 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Ce succès du dernier festival d’Avignon fait escale à la Mc93. Installez-vous dans le salon forcément doré, prenez de la citronnade et laissez-vous porter par ce conte familial très actuel.

C’est donc un huis clos. Cela ne pouvait pas se tenir ailleurs qu’autour des symboliques canapés. Ces objets représentent à eux seuls tous les enjeux de pouvoirs implicites de la société. Être une femme en Égypte, c’est forcément être une mère, une épouse. Une mère de garçon, une épouse d’homme. Et ce petit monde tient salon en buvant le dernier café ramené de Dubaï ou des USA forcément servi par une horde de domestiques. Et là encore les rôles sont très partagés : les femmes aux service, les hommes aux voitures.

La maison est bourgeoise, on le sait car le décor de Hussein Baydoun et la lumière de Charlie Alstrom nous laissent imaginer les lourds tableaux figuratifs aux cadres en faux or.

Bling bling.

Ce décor est parfait : des cadres en métal symbolisent les nombreuses portes et derrière, des rideaux sont le filtre des projecteurs qui sont acteurs des vies et des jours des membres de cette famille dont le pivot est la « mama », signifiant comme un autre puisque si la maison change, la mama change, et la hiérarchie s’inverse.

Rien ne bouge ici. Les règles semblent inscrites dans le marbre qui se devine au sol. En miroir avec LA mère (Menha El Batrawy), il y a sa petite fille (Hadeer Moustafa) qui y croit encore, qui pense que oui, elle peut y échapper. Quand l’un de ses choix qui vient éclater les rapports entre les classes est écrasé elle s’enferme, symboliquement encore dans une violence inouïe car calme. C’est elle qui montre cynique, que la liberté est impossible, que non, à part dans les pop songs traduites en arabe, on ne peut pas voler.

Ahmed El Attar montre avec des petits riens, avec des bribes du rythme de l’année (le ramadan, un décès ..), comment les mères sculptent des pères absents qui laissent les femmes gérer les enfants, qui elles- mêmes reproduisent cette adoration du fils délirante et inéquitable.

C’est une pièce d’une grande violence ou pourtant tout se passe dans un capitonnage très douillet. L’enfer d’Ahmed El Attar se nomme famille et sa mise en scène parfaite rend sa pièce militante. Un vrai coup de cœur.

Avec Abdelrahman Magdy, Dalia Ramzi, Hadeer Moustafa, Heba Rifaat, Menha El Batrawy, Menna El Touny, Mohamed Hatem, Mona Soliman, Moustafa Abdullah, Nanda Mohammad, Noha El Kholy, Ramsi Lehner et Teymour El Attar

Visuel : Mama © Mostafa Abdel Atty

Aloïse Sauvage : « C’est le flow, la danse des mots qui m’inspire »
Splendide « Partage de midi » de Claudel mis en scène par Éric Vigner au TNS.
Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. amelie@toutelaculture.com

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *