Théâtre
Age of Rage, le nouveau spectacle de sang et de boue d’Ivo van Hove à la Villette

Age of Rage, le nouveau spectacle de sang et de boue d’Ivo van Hove à la Villette

29 novembre 2021 | PAR Margot Wallemme

 

Ivo van Hove, spécialiste du grandiose propose sa nouvelle œuvre, Age of Rage, un spectacle cru mais fascinant. A partir de six tragédies d’Euripide et d’Eschyle, les artistes retracent l’histoire sanglante de la famille des Atrides, pour un résultat spectaculaire mais cauchemardesque.

Ames sensibles s’abstenir

On avale en 3h45 un condensé de tragédies antiques. Avec ses apparences de série télé, on suit en Néerlandais sous titré, saison par saison, l’histoire de la famille des Atrides. Des choix, des trahisons, des vengeances liés au pouvoir et qui se transmettent de génération en génération. La vengeance devient désir, à la limite d’un érotisme gore. Un goût du sang qui se propage, une épidémie meurtrière.
Les scènes crues peuvent faire cauchemarder, les acteurs si forts et puissants envahissent de leur rage la salle, le spectacle marque et percute nos sensibilités.
C’est une expérience quadridimensionnelle, tous nos sens sont amenés à jouer. Dans cette œuvre technique en très grandes dimensions on touche à l’horreur. La musique accompagne les gestes et les mots, le Black Metal enfonce ces sensations à la fois désagréables et hypnotiques.

Un sublime qui fascine

Les danses d’une énergie et d’une puissance incroyables, comme toujours dans l’écriture de Wim Vandekeybus qui s’associe ici au metteur en scène, mènent à une transe psychédélique captivante. Le sublime de l’horreur crue repousse et fascine. Les comédiens et danseurs, dans la seconde partie, finissent dans la terre, en écho à une autre œuvre d’Ivo van Hove, Electre / Oreste (2019). Car l’artiste s’intéresse de près à la littérature antique, il aime y trouver un écho de notre temps.

Une Antiquité contemporaine

Comme dans une arène de jeu sanglant, on est piégés dans une boucle infernale, les générations reproduisent les meurtres qui deviennent de plus en plus atroces, de plus en plus violents. La fatalité de leur malédiction est utilisée comme facilité pour justifier leurs actes meurtriers.
Au-delà du décor, des costumes contemporains, et du métal violent, une dimension politique et actuelle se dégage. Mais si les échos aux problèmes contemporains, aux erreurs répétées se voient illustrés dans les vidéos projetées en fond, il reste difficile de saisir le sens du message.
La dimensions sociale est quelque peu éludée dans ce spectacle qui se concentre sur l’idée de vengeance dans un milieu aristocratique et on en oublie que ces actes prennent aussi les vies d’un peuple en guerre. Qu’est-ce-que l’artiste cherche à transmettre ? Sommes-nous les héritiers de ces meurtres ? La soif du sang s’est-elle transmise jusqu’à nous ? Répétons-nous sans cesse les mêmes atrocités ?

Age of Rage est une expérience hors du commun à vivre jusqu’au 2 décembre à la Villette.

 

Visuel : © Jan Versweyveld 

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Margot Wallemme

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