Théâtre
« Agamemnon » : Faire renaître la tragédie grecque par le chœur, un chœur de notre époque

« Agamemnon » : Faire renaître la tragédie grecque par le chœur, un chœur de notre époque

09 octobre 2014 | PAR Melissa Chemam

Bien sûr un tel projet n’a d’intérêt que s’il est parfaitement maîtrisé. Faire revivre l’idée du chœur de la tragédie antique à travers le hip hop, voix forte de notre époque, voilà le pari fou et réussi de R.I.P.O.S.T.E., collectif emmené par D’ de Kabal et Arnaud Churin.

On entre dans la salle pour trouver sur scène un homme debout au premier plan, vivant, massif, habillé d’un survêtement beige à capuche qui l’enveloppe, prêt à se mettre en branle, et au sommet des marches en forme d’amphithéâtre une figure de femme vêtue de blanc, comme un symbole grec vivant. Puis entre une quinzaine de comédiens, en chœur. Justement, un chœur.  D’De Kabal est venu du rap au théâtre en passant par le hip hop, après avoir fait partie des groupes Kabal et Assassin. Arnaud Churin est venu du théâtre au hip hop après, entre autres, le Conservatoire national supérieur d’Art dramatique de Paris et ses passages chez Olivier Py et Eric Lacascade. Leur rencontre est au cœur de ce travail qui a donné le spectacle ‘Agamemnon, Tragédie hip hop’, 2h15 de théâtre antique entre opéra, human beat box et slam qui remet au centre le chœur de la tragédie.

D’ de Kabal a écrit le texte de ce spectacle en relisant huit de ses grandes traductions, de celle de Paul Claudel à celle d’Olivier Py, avec pour but d’être le plus fidèle possible à Eschyle. Il a choisi de ne pas couper le texte du chœur, nous confirme-t-il en interview : « J’ai réécrit ce texte en collaboration avec Arnaud Churin et la dramaturge du spectacle, Emanuela Pace. Ensuite nous avons composé la musique de ce chœur à huit / neuf, avec les chanteurs et acteurs du spectacle ».

Pour Arnaud Churin, le texte se veut à la fois poème et traduction : « Le travail de D’ de Kabal a été avant tout un acte de retraduction, mais c’est celui d’un poète traduisant un autre poète. Finalement, D’ n’a que très légèrement adapté le texte original, sans penser à l’actualiser, mais pour rester authentique et le faire vivre pour nous en même temps ».

Arnaud Churin est la voix leader de ce chœur, avec sa puissance et une justesse folle, tellement maîtrisée pour un tel texte qu’il en sort tragique au dernier degré, pas un moment de sa bouche ne sonne faux. Autour de lui, trois human beat boxes donnent le rythme, et les voix du chœur se démultiplient. Un danseur mime aussi les sentiments et les scènes rétrospectives. C’est de ce chœur que jaillissent ensuite les acteurs, presque anonymes d’abord dans leurs survêtements uniformes, pour prendre leurs rôles : une Clytemnestre (forcément) excessive et féroce (Murielle Colvez), un Agamemnon triomphant mais pourtant brisé (D’ de Kabal lui-même), puis Cassandre (Audrey Bonnet) simultanément fragile et courageuse.

« Nous avons eu une réflexion intense sur nos méthodes pour faire vivre cette musique, au carrefour de nombreuses possibilités techniques et esthétiques », poursuit Arthur Churin. « Parce que pour rendre le chœur, les hellénistes le savent, il faut passer par la chanson. J’avais moi-même joué de la tragédie grecque qui me fascine depuis toujours, et j’avais depuis longtemps l’envie de mettre en place une forme nouvelle, ce qui a commencé avec le théâtre de rue, où le mélange avec le rap a démarré. Notre rencontre à tous a mis les bons mots sur des projets que chacun de nous avait en tête et qui se rejoignaient ».

D’ de Kabal a justement aussi  le sentiment d’avoir réuni des créateurs qui se posaient les mêmes questions : « Il nous a fallu 4/5 ans pour en arriver là, entre nos premières discussions sur le projet et la création mardi 7 octobre 2014 au Théâtre de Chelles, qui est une sorte d’accomplissement de nos utopies théâtrales. Nous espérons que quelque chose s’invente ainsi et nous nous appliquons à le traiter en profondeur ; nous sommes tous des passionnés », ajoute-t-il.

A voir ce soir à l’Avant Seine, le théâtre de Colombes, puis à Puteaux fin novembre, ce spectacle reviendra à Chelles l’an prochain et prépare une tournée pour 2016.

« Cette tragédie hip hop, nous sommes heureux de la jouer à Colombes car le directeur de l’Avant Seine nous a donné son entière confiance mais nous souhaitons la jouer partout », explique D’ de Kabal, « et ainsi réunir des spectateurs qui sont habitués à des formes différentes, le hip hop, ou le théâtre, et qui là auront tous un moyen de peut-être retrouver l’essence du théâtre de la démocratie athénienne dont le but était de faire une place à l’Autre », conclue-t-il brillamment. Aussi brillamment que se joue ce spectacle.

Tournée :

Avant Seine – Théâtre de Colombes, le 9 octobre 2014, 20h30
Conservatoire Jean-Baptiste Lully, Puteaux, le 28 novembre, 20h45
Tournée en préparation pour 2016

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Commentaire(s)

  • Sur le vrai sens d’Agamemenon, voir: Hans van Kasteel, Questions Homériques (Beya Editions)

    février 20, 2017 at 19 h 33 min

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