Théâtre

ADN interroge les spectateurs du Laurette Théâtre

ADN interroge les spectateurs du Laurette Théâtre

27 novembre 2012 | PAR Tatiana Chadenat

ADN (Acide désoxyribonucléique), le titre accrocheur de la pièce du bientôt célèbre Dennis Kelly est à l’affiche du Théâtre Laurette jusqu’au 20 décembre. Elle dresse un tableau noir et désabusé d’une jeunesse en perte de vitesse. La rencontre de Ze Company – des jeunes comédiens prometteurs – et de Patrick Azria, le metteur en scène, offre un spectacle haletant.


Un pitch aux airs de faits divers. La mort d’un jeune homme torturé par ses compagnons d’infortune. Quand la lumière s’allume sur la scène du Laurette théâtre, le mal est déjà fait. En duo ou trio, les comédiens du début de la pièce se relayent sur un banc, unique décor qui s’ impose au milieu des planches, un trône macabre. Ils s’annoncent tour à tour avec une certaine froideur qu’Adam, le jeune qu’ils ont torturé est mort. Appuyé d’une unique lumière blanche qu’éclaire par endroit la scène sombre, le metteur en scène dissèque les vices de la nature humaine. Les cravates d’écoliers anglais – rayées jaunes et rosés – portées par tous les comédiens, comme seul artifice de la pièce, est efficace, merveilleusement en décalage avec l’opacité et l’horreur des sentiments qui s’en dégagent. Montées sur des chemises blanches, elles donnent des airs faussement sérieux à des personnages complètement toqués. De cette installation, le spectateur est tout de suite sous tension, et le texte de Denis Kelly en ressort vivifié.

Par le désir humain d’échapper au pire, les jeunes étudiants s’empêtrent dans un plan machiavélique : faire porter le chapeau à un sinistre inconnu. Tout se passe pour le mieux jusqu’à ce qu’Adam, le présumé mort, revienne sur scène entraînant les étudiants dans un dilemme qui les rendra fous.

Le spectacle, ses comédiens et sa mise en scène, invitent ses spectateurs à la réflexion et interrogent notre société via des thèmes puissants que l’auteur Dennis Kelly pointe du doigt tour à tour. C’est d’abord la faiblesse et l’absurdité des jeunes en groupe qui est abordé et qui va sans rappeler la tuerie de Villeneuve en octobre dernier. Son mutisme sadique et amusé est mis en lumière par Marc qu’interprète brillamment François Bérard lorsqu’il raconte en souriant comment le groupe a torturé leur ami « pour rigoler ». La dangerosité d’un leader de groupe qui peut conduire au pire est mise en lumière par John puis Lucie appuyés par le bon jeu de Victor Pontecorvo puis Ilana Azria. C’est aussi l’individualisme qui ressort dans le personnage de Magali Rossitto. Elle fait écho à une société sclérosée.

La brutalité de la pièce prend tout son sens dans le monologue de Léa (par une puissante interprétation de Cécile Elias) lorsqu’elle explique pourquoi sans raison elle a explosé avec un clou et un marteau la gueule de son hamster. Une cruauté gratuite que l’on prend en pleine face parce qu’elle surgit sur le devant de la scène à quelques centimètres du public. L’étroitesse de la salle permet à la comédienne de vous la réciter, les yeux dans les yeux.

« C’est la merde » est le leitmotiv de cette pièce sous tension. Elle exprime une atmosphère générale et extérieure ambiante. Des sentiments contradictoires s’en dégagent. Elle pousse nécessairement son spectateur à la réflexion. Allez la voir, vous serez saisis par le texte, et par la justesse des jeunes comédiens de la troupe Ze company !

 

Visuels : Romy Ryan James

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Tatiana Chadenat

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