Théâtre

A la Trace et Au bois à La Colline

A la Trace et Au bois à La Colline

17 mai 2018 | PAR David Rofé-Sarfati

Le mois de Mai voit programmer à La Colline deux pièces très différentes À La Trace de Alexandra Badea dans une mise en scène de Anne Théron et Au Bois de Claudine Galea mise en scène Benoît Bradel. À chaque fois la scénographie innovante éteint la pensée sans cacher la vacuité du propos.

 

A la Trace

Articulée comme une enquête policière, la pièce suit le parcours de deux femmes. Anna, âgée d’une cinquantaine d’années, marchande d’art, arpente la planète et vit des romances charnelles et virtuelles avec des hommes auquel elle ne souhaite s’attacher. Clara, étudiante de 25 ans, arpente aussi le monde, à la recherche de Anna Girardin, patronyme trouvé par hasard dans les affaires de son père décédé. La mise en scène d’Anne Théron mêle une scénographie fabriquée autour d’un dispositif à plusieurs étages et de vidéos de qualité cinéma qui nous renvoient au hors champ.

L’ensemble est esthétisant. Les comédiens loin du quatrième mur ignorent le public et utilisent des micros. Ils semblent désincarnés et la qualité de leur interprétation nous donnent l’impression de voir une série télévisée. La jeune Clara ira à la rencontre de quatre femmes. Quant aux quatre hommes avec qui Anna échange sur des réseaux virtuels, ils n’apparaissent que sur un immense écran. Quatre femmes, quatre hommes et des rencontres comme autant d’épisodes d’un soap opera.

L’impression de série Tv est renforcée par l’absence totale de degrés de compréhension dans le discours. Tout est dit et redit. La psychologie des personnages est expliquée au fil de l’eau, leur intimité à ciel ouvert. Le texte ne connait aucun sens caché. La pièce veut interroger le refus d’accueil d’une mère à son enfant. Chaque tenant de l’intrigue, chaque sentiment sont conscientisés et explicités devant nous. Notre pensée est inutile. L’image est reine. A la trace est peut-être pour cela une pièce d’époque, une pièce de metteur en scène sans propos et sans sous texte,

Au bois

Le même reproche vaut pour la pièce Au Bois. Cette pièce, sauvée par la découverte d’une actrice fantastique (Séphora Pondi) propose comme A La Trace une mise en scène réussie et sophistiquée mais stérile.

Dans cette adaptation du Petit Chaperon Rouge, Claudine Galea interroge la peur ancestrale du loup.  Ici la fille refuse d’aller voir la grand-mère parce qu’elle a mieux à faire. La mère quant à elle rêve de rencontrer le loup, objet de son désir. La mise en scène est innovante, l’interprétation fantasque. Le bois lui même tient personnage. La comédienne Séphora Pondi joue la fille. Elle y est remarquable. Le message est basique : le loup n’est pas toujours celui que l’on croit et les chasseurs sont plus cruels que les loups. Cette morale de l’histoire sera répétée, expliquée, dépliée. Ici encore le public est prié de ne pas réfléchir car tout est soigneusement précisé.

Au théâtre, classiquement, un texte voyage. Il est saisi par des comédiens pour être lors d’une re-présentation confisqué par ces mêmes acteurs qu’il traverse, vers un public présent donc actif. La mise en scène est la modalité de ce parcours. Parfois les pièces donnent une telle primauté à cette modalité que le texte et le sous texte deviennent superfétatoires, le public aussi qui n’a le droit qu’à un joli spectacle.

A la Trace
texte Alexandra Badea
mise en scène Anne Théron
avec
Liza Blanchard
Judith Henry
Nathalie Richard Maryvonne Schiltz Margaux
et à l’image
Yannick Choirat ThomasAlex Descas Bruno
Wajdi Mouawad Yann Laurent Poitrenaux Moran

Au bois.
d’après le texte de Claudine Galea
mise en scène Benoît Bradel
Avec Raoul Fernandez, Émilie lncerti Formentini, Emmanuelle Lafon, Seb Martel, Séphora Pondi
à l’image
François Chattot, Vincent Dissez, Norah Krief, Dalila Khatir, Annie Mercier, Thalia Otman

Cannes 2018, Semaine de la critique : « Guy » d’Alex Lutz clôture la Semaine dans un hommage chanté aux baby-boomers
Kees Van Dongen : du génie à l’oeuvre.
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *