Théâtre

A Théâtre Ouvert, l’écriture contemporaine ne dort jamais

A Théâtre Ouvert, l’écriture contemporaine ne dort jamais

08 juillet 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

La saison parisienne de Théâtre Ouvert s’est clôturée avec un « Zoom », titré « Du réel au poétique ». Où l’on a notamment pu croiser la passionnante Sonia Chiambretto (voir notre long entretien avec elle). En attendant de recroiser le lieu à Avignon, aux 42èmes Rencontres d’été de la Chartreuse, les 16, 17 et 18 juillet, avec Toute ressemblance ou similitude, et à la Manufacture, avec Finir en beauté, souvenir de quelques textes…

Certains noms passionnants du texte de théâtre contemporain avaient rendez-vous à Théâtre Ouvert en fin de saison, pour un focus titré « Du réel au poétique ». Afin de faire entendre des textes remplis de questionnements, dans lesquels le plus souvent « s’interpénètrent réel et fiction ». On a pu y retrouver Alexandra Badea, peintre obsessionnelle du travail, et de ses lois, appliquées aux hommes, dictées par on ne sait qui. Avec son récent Europe connexion. L’un de ses meilleurs textes, mis en voix sous la direction de Matthieu Roy. L’une de ces belles pièces contemporaines qui savent faire exister, au-delà des données et des documents administratifs reproduits, une vraie figure théâtrale : celle d’un lobbyiste, appelé « tu ». L’usage de la deuxième personne, et le présent, courants chez notre dramaturge, atteignaient ici au suspense et au vertige. On s’identifiait à cet anonyme puissant. Décrit au fil de scènes très brèves. On plongeait à sa suite dans les marchés ouverts par l’Europe, pour les comprendre. Et on méditait l’avenir de l’Union…

Et il y eut aussi Christophe Fiat, biographe toujours enjoué, lancé dans son texte Miss Monde. Avec comme effets, un micro, et le talent de guitariste de Vale Poher. Le résultat ? une performance de vingt-cinq minutes, ultra prenante. Tentant de nous retracer comment des publicitaires, influencés par… la bombe H, créèrent les concours de beauté, afin de dénicher des « bombes » pour porter leurs maillots. Un récit fait, bien sûr, à coups de mots simples, ponctués de litanies tendues.

La passionnante et très, très douée Sonia Chiambretto, elle, nous a proposé de la suivre dans les méandres d’Alger, dans les dures années 90. Au fil de SUPERSTRUCTURE, texte sur la ville, la jeunesse et le terrorisme. Qu’elle a « travaillé » sous notre regard lors d’une lecture très réussie. Et qu’on aimerait voir très vite mis en scène, tant son contenu dense appelle à être frotté et confronté à d’autres éléments scéniques…  Lisez notre long entretien avec elle.

Et Mohamed El Khatib est venu clôturer le projet, avec Finir en beauté. Texte sur le deuil, présenté lors du Zoom, à retrouver cet été au Festival d’Avignon, à la Manufacture… Lisez notre critique.

En cette fin de saison, les langues bien personnelles de nos artistes ont su décoller, produire du théâtre, et nous satisfaire. Cet été, à Avignon, Théâtre Ouvert sera présent aux 42èmes Rencontres d’été de la Chartreuse. Par l’intermédiaire de l’écriture d’Aurore Jacob, prise en charge par Olivia Granville. Le texte de la première, Au bout du couloir à droite, dansé par la seconde. Ou les efforts du corps d’une femme isolée et interrogée pour survivre. Ce solo, titré Toute ressemblance ou similitudea été présenté à Théâtre Ouvert en novembre 2014.

Et la saison prochaine, l’écriture de Nicolas Doutey sera à l’affiche en septembre/octobre, et celle de Baptiste Amann en février, avec Des territoires (Nous sifflerons la Marseillaise). Un texte hanté par plusieurs décennies d’histoire de France, embrassant aménagement urbain et immigration, de façon très lyrique et déconstruite. Et à la mi-octobre, c’est le Festival québécois Jamais lu qui s’installera dans le lieu, afin que des metteurs en scène du Québec impriment leur énergie à des textes d’auteurs français. Curieux, aussi bien tournés vers l’avenir que penchés sur le présent, dans les meilleurs des cas, les mets qu’on nous sert à Théâtre Ouvert ont du goût. Un goût d’humanité. Parfois perdue, mais toujours pleine d’espoir. Tant qu’on ne nous poussera pas à abandonner la réflexion…

Teaser – Toute ressemblance ou similitude from La Spirale de Caroline on Vimeo.

Toute ressemblance ou similitude, création d’Olivia Granville sur le texte d’Aurore Jacob Au bout du couloir à droite (publié à Théâtre Ouvert en tapuscrit), est à voir à Avignon. Dans le cadre des 42èmes Rencontres d’été de la Chartreuse (Villeneuve-lez-Avignon). Les 16, 17 et 18 juillet à 15h. (Attention, jauge limitée. Réservation indispensable au 04 90 15 24 24.)

Visuels : Europe connexion d’Alexandra Badea, mis en espace par Matthieu Roy © Christophe Raynaud de Lage

Miss Monde de et par Christophe Fiat avec Vale Poher © Christophe Raynaud de Lage

SUPERSTRUCTURE de et par Sonia Chiambretto © Pierre Grosbois

Olivia Granville © Christophe Raynaud de Lage

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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